Retranscription de la conférence de Jean-Marc Jancovici, "PIB ou CO2 il faut choisir", donnée à Sciences Po, le 29/8/2019

Sommaire/Chronologie

0:25. 1

1:27. 2

1:54 [Diapositive "Selon vous, qu'est-ce que l'énergie", et 4 réponses vides (pour l'instant)]. 3

2:25. 3

3:00. 4

4:00. 4

5:00. 4

5:44 [Diapositive On ne va quand même pas passer la nuit sur 5% de nos charges]. 5

6:03 [Diapositive "Qu'est-ce que l'énergie - B: Il faut l'économiser"]. 6

6:24 [Diapositive "Qu'est-ce que l'énergie - C: il faut 100% renouvelable!"]. 6

6:53 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant un grand bateau à voiles]  7

7:08 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant une charrue à cheval]  8

7:19 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant du labour avec deux bœufs et un soc]. 9

7:29 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant un ouvrier avec un outil à manche]. 10

7:44 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant un immeuble en travaux]  11

7:56 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant un moulin à eau et sa grande roue]. 12

8:08 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant une photo du soleil en gros plan]. 13

8:15. 13

8:54 Retour à la diapositive "Qu'est-ce que l'énergie". 14

9:04 [Diapositive "Qu'est-ce que l'énergie - D: ce qui permet d'être super(wo)man pour de vrai"]. 14

9:47 [Diapositive avec le titre "De l'énergie? C'est quoi ça?"; diapositive vide au départ]. 15

10:17 [Phrase apparaît dans la diapositive: "L'énergie, c'est ce qui quantifie la transformation de l'environnement"] 15

11:10. 16

12:08 [Phrase et images apparaissent dans la diapositive, jusqu'à "→ W (+ θ)"]. 16

12:45 [Phrase et images apparaissent dans la diapositive, jusqu'à "→ W"]. 16

13:21. 17

14:04. 17

14:41 [la diapositive apparaît dans son ensemble]. 17

15:44 [Diapositive intitulée "Nietzsche voulait des surhommes: le carbone l'a fait", montrant des montagnards qui grimpent]. 18

16:53 [phrase additionnelle apparaît sur la diapositive, jusqu'à 0,5 kWh]. 19

17:08 [phrase additionnelle "1 jour sur 2 : 100 kWh/an" apparaît sur la diapositive]. 19

17:28 [phrase additionnelle "6 m³ terre x 1 m" et un ouvrier apparaissent sur la diapositive]. 19

18:11 [un jerrican apparaît sur la diapositive]. 19

18:52 [phrases additionnelles "Au SMIC: 200 €/kWh, 2000 €/kWh, ÷ 500, ÷ 5000" apparaissent sur la diapositive]  20

19:54 [phrases additionnelles "Même un esclave : 4-40 €/kWh, ÷ 10-100" apparaissent sur la diapositive]  20

20:31. 20

21:24 [Diapositive "L'homme produit avec la machine, ou la machine produit avec l'homme?"]. 21

22:28 [phrase additionnelle "= 60 kW ≈ 600 paires de jambes" apparaît sur la diapositive]. 22

22:54 [phrase additionnelles apparaissent sur la diapositive]. 22

24:07. 22

24:45 [Diapositive avec graphique, intitulée "Miam miam kWh: c'est pas durable, mais qu'est-ce que c'est bon..."]  23

25:49. 23

26:11 [phrase additionnelle "~50% = machines à déplacer des gens et des choses" apparaît sur la diapositive]  24

26:34 [phrase additionnelle "~64% = machines à faire de l'électricité" apparaît sur la diapositive]. 24

26:47 [phrase additionnelle "Ce qui excite les journalistes ( et du coup les politiques)" apparaît sur la diapositive]  24

27:49. 24

29:06. 25

29:51. 25

30:36 [phrase additionnelle "Carbone!" apparaît sur la diapositive]. 26

31:51 [phrase additionnelle "20.000 kWh par personne et par an ≈ 200 «esclaves énergétiques» par personne" apparaît sur la diapositive]. 26

33:08. 27

33:39 [Diapositive "Les voici, nos esclaves des temps modernes] 27

34:34 [Diapositive avec un graphique intitulée "La France, pays "tout nucléaire"?"]. 28

35:30 [Les combustibles fossiles sont "cerclés" dans la diapositive]. 29

36:00 [Diapositive "Un peu plus de consommateurs aussi"]. 29

36:52 [phrases additionnelles "Sédentarisation des hommes" et "Début de la révolution industrielle" apparaissent sur la diapositive]. 30

37:45. 30

38:37 [Diapositive "Miam miam kWh + miam miam tout court]. 31

39:00 [Diapositive "Le solaire, énergie la plus en vogue, vraiment? - Surplus de consommation"]. 32

39:48 [phrase additionnelle "De 2000 à 2018..." apparaît sur la diapositive]. 32

40:59 [Diapositive intitulée "L'électricité sent hélas plus fort le carbone que le panneau"]. 33

41:33 [Phrases additionnelles "1000 g... 10 g de CO2/kWh électrique" apparaissent dans la diapositive]  34

42:07. 34

43:39 [Phrase additionnelle "40 à 250 g de CO2/kWh électrique avec stockage" apparaissent dans la diapositive]  34

44:38 [Diapositive "Le solaire, énergie la plus en vogue, vraiment? - Surplus de production"]. 35

45:59 [Diapositive "Si nous sommes ici, c'est un peu à cause de lui"]. 36

47:29. 37

48:40. 37

49:54 [Diapositive "Pas de prix... pas de dommage!"]. 38

50:40 [Diapositive "L'économie de la terre plate"]. 39

51:20 [Diapositive "En fait, il vaut mieux avoir de la ressource"]. 40

51:01. 40

52:46. 41

54:34. 41

55:37 [Diapositive "Hollande et Sarkozy auraient dû se présenter il y a 1000 ans!"]. 42

56:31. 42

57:30. 43

58:43. 43

59:08 [Diapositive "Le meilleur modèle macro-économique du monde : une droite"]. 44

1:00:12 [Diapositive "Puis-je avoir du PIB sans énergie?"]. 45

1:01:13 [Diapositive "Et voici le drame des négociations climat"]. 46

1:02:38. 47

1:03:36 [Diapositive "l'ère du feu, croissance à gogo... pour combien de temps?"]. 47

1:04:24. 48

1:05:20. 48

1:06:18. 49

1:07:33. 49

1:08:40. 49

1:09:58 [Diapositive "Les maths c'est décidément détestable"] 50

1:10:35. 51

1:11:26 [Diapositive "Le Pic"]. 51

1:12:10 [Diapositive "C'est la grosse bête qui descend, qui descend"]. 52

1:13:16 [Diapositive "Le loup sort du bois?"]. 53

1:14:01 [Diapositive "Quel rythme d'amortissement? (bis)"]. 54

1:14:45 [Diapositive "Oubliez le prix, regardez le volume!". 55

1:16:19 [Diapositive "Surtout qu'il n'y a aucun lien entre volume (combien il y en a) et prix!"]. 56

1:16:54. 56

1:18:01. 57

1:18:41 [Diapositive "Pas de sécurité d'approvisionnement pour le pétrole"]. 57

1:19:08. 58

1:19:56 [Diapositive "Pas de sécurité d'approvisionnement pour le gaz"]. 58

1:20:43. 59

1:21:39 [Diapositive "Pas de sécurité d'approvisionnement pour le charbon"]. 60

1:22:36. 60

1:23:56. 61

1:24:42 [Diapositive "Sécurité d'approvisionnement? Quelle sécurité?"]. 62

1:26:17. 63

1:27:15. 63

1:28:36. 63

1:29:17 [Diapositive "Saloperie de physique"]. 64

1:29:39. 64

1:30:37. 65

1:31:48 [Diapositive "Plus de PIB et moins de CO2? No problem, puisqu'on le veut!"]. 66

1:32:01 [Diapositive "tu causes, tu causes"]. 67

~01:32:30. 67

1:33:30 [Diapositive "L'effet de serre, de la vieille science"]. 68

1:34:47 [Diapositive "Au début étaient les émissions"]. 69

1:35:10 [Diapositive "Au secours! Où est le bouton reset?"]. 70

1:35:43. 70

1:36:45. 71

1:37:20 [Diapositive "5°C, juste un pull en moins?"]. 71

1:38:43. 72

1:39:56. 72

 

 

[Présentateur]: ... bien sûrs à utiliser les micros qu'on va placer dans les couloirs pour les questions dans la mesure où c'est retransmis et enregistré. Merci beaucoup. Merci de lui réserver le meilleur accueil.

[Applaudissements - Vue de l'amphithéâtre et sur le podium avec Jean-Marc Jancovici, et le présentateur qui quitte le podium]

0:25

Jean-Marc Jancovici: Bonjour

Alors normalement, vous devriez passer sans encombre à travers ce que je vais vous raconter ce matin. D'abord parce que vous rentrez de vacances et vous avez passé des nuits normales ensuite vous êtes jeunes et vous connaissez probablement cette définition de la jeunesse "on est jeune tant qu'on se croit éternel et invincible", et donc tant qu'on est éternel et invincible n'importe quel problème dont on peut vous parler, c'est "même pas peur"! donc normalement c'est même pas peur. Qui dans cette salle n'a jamais entendu parler de transition énergétique? [Blanc]

Bon tout le monde a entendu parler de transition énergétique. Qui, si tout de suite là je vous dis il n'y a pas conférence, il y a devoir sur table, si je vous demande de parler d'énergie, est capable de répondre à la question? [Blanc]

Alors il y a 3 courageux ou inconscients. Bon. Alors voilà, ce que je vais essayer de vous expliquer ce matin c'est que transitionner sur un truc que l'on n'est pas capable de définir, c'est quand même un peu problématique, et donc ce que je vais essayer de vous montrer ce matin c'est de quoi on parle quand on parle du problème à traiter.

1:27

Donc je ne vais pas beaucoup vous parler de solution de toute façon ça va vous occuper jusqu'à votre mort, donc c'est, voilà comme ça, vous aurez un peu de travail, par contre, je vais essayer de vous donner quelques éléments de cadrage sur le problème à traiter, vous allez voir que, il est malheureusement beaucoup moins simple que l'idée qu'on peut s'en faire quand on lit le journal. Où travaillent un certain nombre de vos anciens, oh pardon je ne veux pas être désagréable.

Alors d'abord on va commencer par allonger un peu l'âge du départ à la retraite parce qu'il paraît que cet homme est parti à la retraite

1:54 [Diapositive "Selon vous, qu'est-ce que l'énergie", et 4 réponses vides (pour l'instant)]

Et on va commencer justement par rentrer directement dans le vif du sujet qui est quand on parle d'énergie de quoi parle-t-on?

Si je vous pose la question non pas qui est capable de me définir ce que c'est que l'énergie oui mais à votre avis c'est quoi l'énergie, alors je ne vous pose pas la question juste à vous, je pose la question à la population française dans son ensemble.

La première chose à laquelle les gens vont penser si je leur parle énergie, c'est pas du tout physique, c'est argent. D'accord? Les gens vont penser à l'argent. Donc les gens ils vont vous répondre immédiatement l'énergie c'est un truc qui s'achète.

2:25

Donc c'est une facture en gros, donc l'énergie, c'est une facture d'électricité, c'est une facture de gaz. Quelques audacieux me parleront de leur facture de carburant surtout s'ils sont gilets jaunes. Mais voilà ce qu'on va avoir directement en tête c'est l'énergie c'est une facture. Donc si on parle d'énergie ce qui est important c'est de savoir si ça coûte cher ou pas cher, et puis, il n'y a pas tellement de lien avec le reste, de la manière dont la société évolue, on confie ça à 3 ingénieurs, si l'éolien vaut moins cher que le nucléaire, on fait de l'éolien, voilà, voilà le problème est réglé. Vous allez voir que malheureusement c'est la mauvaise réponse ou en tout cas c'est une mauvaise réponse. Et la raison est très simple.

3:00

C'est que si vous regardez ce que vous coûte vraiment l'énergie, alors je vais vous poser la question: qui dans cette salle paye une facture d'électricité ou de gaz? En direct. Qui dans cette salle parmi ceux qui ont levé la main est capable de me répondre instantanément quel était le montant de ma dernière facture? Voilà donc vous en avez je ne sais pas à vue de nez 15% de ceux qui ont levé la main avant, par contre, qui dans cette salle loue un appartement? Et qui est capable de me dire quel était le montant de son dernier loyer? C'est les mêmes d'accord? donc ce que je viens de vous montrer, c'est que l'énergie c'est une suffisamment petite facture pour que ça ne soit pas présent dans votre esprit comme étant quelque chose de significatif dans vos dépenses. Et de fait c'est une petite facture. Quand vous regardez ce qu'on dépense pour les achats d'énergie que ce soit au sein des ménages ou pour l'économie dans son ensemble, vous allez tomber, alors selon la personne qui achète, selon l'énergie, etc., sur quelque chose qui représente quelques pourcents de nos dépenses.

4:00

Si je vous le dis autrement, le chiffre d'affaire des acteurs énergétiques dans le PIB mondial, c'est quelques pourcents du PIB. D'accord? La valeur du pétrole qu'on achète tous les ans, par exemple, sur les marchés c'est 3% du PIB mondial. D'accord? Donc si je regarde ce que vaut l'énergie en termes de facture c'est quelques pourcents de nos dépenses et à ce moment homo-économicus-rationalus va se dire si c'est quelques pourcents de mes dépenses je vais y passer quelques pourcents du temps fermer le banc le reste du temps je m'occupe de choses sérieuses. Et c'est très exactement comme ça que raisonnent la quasi-totalité du monde, des décideurs, économiques, politiques et des hauts fonctionnaires. C'est une facture, quelques pourcents de ce qu'on dépense, on s'en occupe quelques pourcents du temps, etc. Alors malheureusement ce raisonnement est à peu près aussi pertinent que si je vous dis votre cervelle c'est 2% de votre poids, et soit dit en passant chez les hommes la testostérone c'est beaucoup moins que 2% du poids, donc vous pouvez vous en occuper 2% du temps et puis le reste du temps ce n'est pas la peine. D'accord? Il est absolument évident que si je vous enlève la moitié de votre cervelle vous allez avoir quelques petits problèmes dans la vie.

5:00

Et si chez les hommes j'enlève la totalité ou chez les femmes la totalité des œstrogènes, je vais un tout petit peu modifier ce qui vous arrive alors que j'ai touché à quelque chose qui représente une infime fraction de votre masse. D'accord? Donc ce que représente l'énergie en part de nos dépenses, ce n'est pas le sujet, parce que vous allez vous rendre compte que la totalité de ce qui fait le monde moderne en dépend. Et ces raisonnements économiques en parts de camembert, masquent le lien de dépendance d'une part de camembert à une autre part de camembert. Il y a une autre ânerie qu'on cite couramment qui est, l'agriculture c'est 2% du PIB donc si on s'en passe ce n'est pas très grave. Sauf que si vous arrêtez de manger, les 98% restants du PIB vous pouvez les oublier aussi. Donc les raisonnements en parts de camembert, faites très, très attention, il y a une illusion extrêmement courante dans ce genre de raisonnement,

5:44 [Diapositive On ne va quand même pas passer la nuit sur 5% de nos charges]

Qui est que ça ne vous donne pas les liens de dépendance d'une part de camembert à une autre part de camembert.

D'accord? Ne basez jamais, jamais, jamais, un raisonnement pour l'avenir sur des parts de camembert. Sans avoir vérifié que les parts étaient indépendantes les unes des autres.

Donc l'énergie, c'est quelques pourcents de ce qu'on dépense. Donc ce n'est pas grave si c'est une dépense.

6:03 [Diapositive "Qu'est-ce que l'énergie - B: Il faut l'économiser"]

Après, la deuxième réponse qu'on va pouvoir vous faire, en ce moment, c'est "il faut l'économiser", ce qu'on va vous dire, c'est la meilleure énergie est celle qu'on n'utilise pas. Eh bien, perdu, si vous êtes dans cette salle aujourd'hui en train de, au lieu d'être en train de ramasser des patates, eh bien, c'est justement parce qu'on n'a pas économisé l'énergie depuis deux siècles. C'est ce que je vais vous raconter dans pas longtemps.

6:24 [Diapositive "Qu'est-ce que l'énergie - C: il faut 100% renouvelable!"]

La troisième chose qu'on vous raconte parfois sur l'énergie, c'est que, il faut qu'elle soit totalement ENR, alors je vais vous montrer dans pas longtemps que, totalement ENR, c'est le monde dont on sort. Il y a trois siècles, le monde était 100% ENR. D'accord? Il y a trois siècles, le monde n'utilisait que des énergies renouvelables. Que ça! Nous n'utilisions que la traction animale, la biomasse, la force du vent, les moulins, donc à vent et à eau, etc. On n'utilisait que ça!

6:53 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant un grand bateau à voiles]

Et en fait, ça fait trois siècles qu'on a passé notre temps à passer des énergies renouvelables aux énergies fossiles.

Vous voyez, on avait une marine 100% renouvelable.

[Un navire porteur de conteneurs apparaît sur la diapositive]

On s'est dit "non quand même, pour faire venir les fringues de chez Zara rapidement dans les supermarchés français, ce n'est pas terrible, il vaut beaucoup mieux une marine fossile, ça marche beaucoup mieux."

7:08 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant une charrue à cheval]

Et puis on avait des transports 100% renouvelables.

Et on s'est dit

[Un camion 38 tonnes apparaît sur la diapositive]

"non quand même, pour faire venir les pêches du sud-ouest rapidement à Paris, ça marche beaucoup mieux d'avoir des transports 100% fossiles". C'est beaucoup plus efficace.

7:19 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant du labour avec deux bœufs et un soc]

On avait une agriculture 100% renouvelable, les gens mangeaient des patates et des oignons, ils avaient mauvaise haleine.

Et on s'est dit

[Un tracteur apparaît sur la diapositive]

"non quand même, pour manger du bifteck à tous les repas, c'est beaucoup mieux d'avoir une agriculture 100% fossile, c'est beaucoup plus efficace".

7:29 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant un ouvrier avec un outil à manche]

On avait des travaux publics 100% renouvelables, donc le canal de Suez et les voies romaines, on les faisait à la pelle et à la pioche.

Et on s'est dit

[Une tractopelle apparaît sur la diapositive]

"non quand même, pour faire rapidement des ronds-points, très importants les ronds-points dans ce pays, c'est beaucoup plus efficace d'avoir des travaux publics fossiles, et donc on a utilisé des travaux publics fossiles.

7:44 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant un immeuble en travaux]

On avait une construction 100% renouvelable, un siècle pour faire Notre-Dame, en version 1, en version 2 ça ira plus vite quand même.

[Une grue de chantier apparaît sur la diapositive]

Alors qu'aujourd'hui, il faut un an pour faire une tour à La Défense, c'est beaucoup plus efficace d'avoir une construction 100% fossile. Enfin, essentiellement fossile.

7:56 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant un moulin à eau et sa grande roue]

On avait une industrie 100% renouvelable, basée sur les moulins.

Et on s'est dit

[Une presse hydraulique apparaît sur la diapositive]

"Non quand même, pour faire le dernier smartphone à 20 euros par mois, c'est quand même beaucoup plus efficace d'avoir une industrie 100% fossile."

8:08 [Diapositive "Il fut un temps où nous étions renouvelables et durables...", montrant une photo du soleil en gros plan]

Et nous avions même des séchoirs à luzerne, 100% renouvelables, ça s'appelle le soleil.

[Un séchoir à luzerne à gaz apparaît sur la diapositive]

Et aujourd'hui on a des séchoirs à luzerne à gaz, parce que c'est beaucoup plus efficace.

8:15

Donc, ça fait deux siècles, que nous passons notre temps à passer des énergies renouvelables aux énergies fossiles. Alors, de deux choses l'une, ou bien on est des crétins patentés, ce qui est possible après tout, il y a un certain nombre de philosophes qui le disent, ou bien c'est que il y a une raison physique profonde au fait qu'on est fait ça pendant deux siècles, et c'est ce que je vais vous essayer de vous expliquer à partir de maintenant, il y a une raison physique profonde à ce qu'on ait fait ça, et donc, ça ne va pas du tout être "a piece of cake" comme disent les anglais, de passer à 100% ENR en conservant le pouvoir d'achat qu'on a aujourd'hui et les études longues qui vous permettent d'étudier ici.

[blanc]

Mon pari, c'est que ce n'est juste pas possible. Mais je vais essayer de vous le démontrer après.

8:54 Retour à la diapositive "Qu'est-ce que l'énergie"

Donc, on a trois mauvaises réponses. Ce n'est pas une facture, on ne l'a pas économisée jusqu'à maintenant, on va le voir, et en fait on a passé notre temps à sortir du monde 100% renouvelable.

9:04 [Diapositive "Qu'est-ce que l'énergie - D: ce qui permet d'être super(wo)man pour de vrai"]

En fait la bonne réponse en ce qui concerne l'énergie, vous allez voir à partir de maintenant, c'est que l'énergie, c'est ce qui nous a permis d'être superman pour de vrai. Vous savez, Superman, ou superwoman, peu importe, il vole. Nous volons, on a des avions. Il a une force musculaire absolument monstrueuse, il peut arrêter ce qu'il veut. Eh bien, l'énergie, c'est ce qui vous permet de construire des machines qui arrêtent ce que vous voulez. Il suffit que la machine soit suffisamment grosse. Superman, il a la possibilité de voir très loin, eh bien, grâce à l'énergie, on fait des engins, on fait des prothèses oculaires, qui vous permettent de voir très, très loin, ça s'appelle des satellites ou des télescopes, etc.

Donc en fait l'énergie, c'est ce qui nous a permis d'être superman, pour de vrai. C'est ça que je vais vous expliquer, à partir de maintenant, et c'est bien pour ça que la drogue est si douce, et que c'est si difficile de s'en passer.

Alors, pour ça, je vais avoir besoin de revenir à de la physique.

9:47 [Diapositive avec le titre "De l'énergie? C'est quoi ça?"; diapositive vide au départ]

Beurk, horreur! Qui a fait de la physique dans ses jeunes années ici, avant de rentrer? Ah, très bien. Donc, tous les gens qui ont fait de la physique, normalement, ils sont capables de me définir ce qu'est l'énergie.

Ils n'ont pas levé la main tout à l'heure. Ou bien, ils n'écoutaient pas ou alors...

Alors je vais vous donner, alors en fait les physiciens continuent de discuter sur une manière unique de résumer ce que c'est l'énergie en une phrase, mais moi je vais vous donner la mienne, en fait on est tous à peu près d'accord.

10:17 [Phrase apparaît dans la diapositive: "L'énergie, c'est ce qui quantifie la transformation de l'environnement"]

En fait l'énergie, par définition en physique, c'est ce qui quantifie la transformation de l'environnement.

Alors je vais vous le dire de manière encore plus sophistiquée.

L'énergie c'est ce qui quantifie le changement d'état d'un système.

C'est ça l'énergie en physique. Donc, dès que vous avez un système qui change d'état, qui change de température, qui change de vitesse, qui change de forme, qui change, voilà, de n'importe quoi, vous avez de l'énergie qui entre en jeu. Donc, compter l'énergie, c'est compter la transformation physique du monde qui nous entoure. C'est ça, l'énergie.

Donc, c'est une grandeur physique avant d'être un sujet de débat politique. Or les grandeurs physiques ont une très mauvaise idée, c'est d'être régies par des lois qui ne dépendent pas de nous. D'accord? Donc, si vous avez envie, parce que c'est dans un programme politique, de changer la loi de conservation de l'énergie par un vote à l'assemblée nationale, parce que vous vous dites que ça ferait bien dans un programme politique, vous pouvez toujours y aller, je parie toutes mes économies contre qui le veut, je parie que vous n'y arriverez pas. D'accord?

11:10

Parce que l'énergie, encore une fois, c'est une grandeur physique régie par des lois qui ne dépendent pas de nous. C'est très désagréable d'avoir des trucs qui ne dépendent pas de nous. On a justement avec ce siècle de progrès technique et de diffusion énergétique, on pense que l'on peut régler à peu près absolument tout et s'opposer à absolument tout. Hum, pas tout à fait!

Alors, il y a une loi cardinale en physique, qui régit l'énergie, qui s'appelle la loi de conservation. Alors, le dictionnaire est bien fait, la loi de conservation elle dit un truc très simple, elle dit:

"dans un système qui ne communique pas avec l'extérieur, la quantité d'énergie reste rigoureusement constante au cours du temps".

Ce n'est pas "je te fais 10% en plus, en moins, si je suis un bon négociateur... Non, non. C'est "rigoureusement constante". Donc, appliqué aux hommes, ça veut dire que les hommes n'ont pas d'autre possibilité en ce qui concerne l'énergie que d'extraire de l'environnement une énergie qui s'y trouve déjà, et de l'utiliser à leur profit. Alors utiliser de l'énergie, en fait, ça veut dire en pratique, la mettre dans un convertisseur, c'est-à-dire que vous rentrez l'énergie dans un système physique qui va vous en sortir autre chose.

12:08 [Phrase et images apparaissent dans la diapositive, jusqu'à "→ W (+ θ)"]

Alors historiquement, le seul système physique que les hommes ont utilisé, ou le premier système physique plus exactement que les hommes ont utilisé, c'est eux-mêmes, donc, nous sommes notre premier convertisseur d'énergie, et l'énergie qu'on met dedans, ça s'appelle "manger". Miam, miam! Trois fois par jour! Enfin, dans les pays dans lesquels on a de quoi!

Donc, le premier convertisseur qui a été utilisé par les hommes, c'est leur propre organisme, alimenté par une énergie qui est l'alimentation. Et nous en sortons deux choses, de la chaleur, beaucoup, parce que nous sommes des animaux à sang chaud, du mouvement, un peu, et la capacité à raconter trois trucs intéressants ou moins intéressants devant un micro, c'est du mouvement.

12:45 [Phrase et images apparaissent dans la diapositive, jusqu'à "→ W"]

Et puis avec le temps on s'est rendu compte que, on pouvait exploiter à notre profit d'autres sources d'environnement, d'autres sources d'énergie disponibles dans l'environnement, et ça a été justement les énergies renouvelables, donc, le bois, le vent, la force de l'eau, etc., qu'on a confiées à d'autres convertisseurs, alors certains biologiques, par exemple la biomasse on peut la confier à un convertisseur biologique, qui s'appelle un animal de trait, et à ce moment on démultiplie déjà une première fois notre force musculaire, mais on peut aussi la confier à un convertisseur inerte, par exemple un moulin, un truc qui n'est pas un truc vivant, et ça va aussi démultiplier notre force musculaire.

13:21

Et puis, on a comme ça utilisé à peu près toutes les énergies renouvelables disponibles pour augmenter la capacité qu'on avait à transformer l'environnement. Et puis un jour il y a des ingénieurs géniaux qui sont arrivés en disant "mais moi j'ai beaucoup mieux que ça, monsieur, j'ai un truc qui s'appelle le moteur". Alors le moteur, c'est un autre convertisseur, tout à fait inerte aussi, il est fait de métal, et qui est capable de manger une énergie que vous, vous êtes pas capables de manger, parce que vous ne mangez pas du pétrole, enfin vous ne buvez pas du pétrole, c'est pas terrible du reste, je ne vous le conseille pas, mais par contre, ces convertisseurs-là sont capables d'exploiter à leur profit des énergies dont nous, nous ne faisons rien, du pétrole, du gaz, du charbon, voire de l'uranium, et d'en sortir des quantités de transformation de l'environnement absolument considérables par rapport à ce que nos muscles sont capables de faire.

14:04

Et donc, nous avons cru et multiplié. Ce qui veut dire qu'à partir de maintenant, à chaque fois que vous verrez "énergie" quelque part dans un article de journal, un discours, etc., vous barrez "énergie" et vous remplacez par "machine".

Dit autrement, utiliser de plus en plus d'énergie, c'est utiliser de plus en plus de machines.

Alors, la quantité d'énergie que vous utilisez, vous, il y en a une petite partie que vous voyez en direct, l'immensité, vous ne la voyez pas. Personne n'est rentré tout nu dans cette salle. C'est interdit en France du reste. Alors ce que vous avez fait pour ne pas être tout nu, c'est que vous vous êtes habillés ce matin. Eh bien, en vous habillant vous avez utilisé à votre profit des milliers de machines, vous ne vous en êtes même pas rendu compte.

14:41 [la diapositive apparaît dans son ensemble]

Tous ceux qui ont des fibres naturelles, du coton, du lin, etc., ont utilisé sans s'en rendre compte des tracteurs, des moissonneuses-batteuses, des machines qui ont entreposé ça dans des silos, des camions qui ont transporté ça jusqu'à des filatures, des filatures, des usines de produits chimiques qui ont fait la teinture, etc. Vous ne vous en êtes même pas rendu compte, mais vous avez utilisé tout ça à votre profit. Si vous vous êtes vêtus avec des fibres synthétiques, donc tous les poly-machin-chouette, eh bien, vous avez utilisé des dérivés du pétrole.

Donc vous avez utilisé sans vous en rendre compte une plateforme pétrolière, une raffinerie, un vapocraqueur, etc.

Et tout, ça ,vous l'avez fait, en, même si vous êtes très mal réveillés le matin, vous ne mettez quand même pas un quart d'heure à vous habiller, sauf si vous êtes devant votre garde-robes à hésiter mais... Donc ça va très, très vite. D'accord? En une minute, vous avez exploité des milliers de machines à votre profit. Voilà. Je pourrais vous décrire tous les actes de la vie courante que vous faites jusqu'à ce que vous soyez rentrés dans cette salle. Chacun de ces actes exploite des milliers de machines, des dizaines de milliers de machines à votre profit. Mais vous ne vous en rendez pas compte. Et l'énergie que vous utilisez elle est essentiellement là.

15:44 [Diapositive intitulée "Nietzsche voulait des surhommes: le carbone l'a fait", montrant des montagnards qui grimpent]

Alors, pour montrer à quel point ces machines sont surpuissantes par rapport à nos carcasses, je vais faire un petit exercice. Donc nous sommes à la rentrée, donc certains d'entre vous ont peut-être été faire un peu de montagne. Qui a été faire un peu de montagne dans cette salle pendant l'été? Voilà, il y en a donc quelques-uns qui ont transpiré. Alors, le but de la montagne, c'est de monter, sinon ce n'est pas de la montagne ça s'appelle une randonnée en brousse. Donc, vous partez tôt le matin, et on imagine que vous allez faire dans la journée 2000 mètres de dénivelé. Qui a fait 2000 mètres de dénivelé dans une journée cet été? Ah, il y en a moins, hein! Haha! Bravo! Eh bien, si vous faites 2000 mètres de dénivelé, alors pour ceux qui n'ont pas la possibilité de partir à la montagne, vous avez une variante, c'est que vous allez faire 6,3 fois la tour Eiffel, ça marche très bien aussi. A pied! Pas dans l'ascenseur avec les japonais. Eh bien, vous faites également 2000 mètres de dénivelé. Eh bien, en faisant cet effort et en hissant votre carcasse, donc sur 2000 mètres de dénivelé, la quantité d'énergie fournie par vos jambes, parce que les antipodistes sont rares dans ce genre d'exercice, ça va être un ridicule demi kWh.

16:53 [phrase additionnelle apparaît sur la diapositive, jusqu'à 0,5 kWh]

Donc vous transpirez pendant toute la journée, on transpire un peu quand même quand on fait 2000 mètres, vous transpirez pendant toute la journée, vous êtes quand même contents de la soupe que vous allez manger le soir, eh bien un demi kWh d'énergie mécanique c'est tout ce que vos jambes ont été capables de fournir pour un effort de cette nature.

17:08 [phrase additionnelle "1 jour sur 2 : 100 kWh/an" apparaît sur la diapositive]

Si vous faites ça un jour sur deux, et donc par exemple comme pour ceux qui ont vu "Soilent green", "Soleil vert", je ne sais pas si vous avez vu ça ou si c'est trop vieux pour vous ce film, vous pédalez sur un vélo toute la journée, tous les jours que dieu fait, etc., pour fournir de l'énergie, eh bien à la fin de l'année, vos jambes auront fourni un effort de l'ordre de 100 kWh. Donc, vous aurez fourni 100 kWh d'énergie.

17:28 [phrase additionnelle "6 m³ terre x 1 m" et un ouvrier apparaissent sur la diapositive]

Si vous êtes dans les travaux publics, et que vous pelletez de la terre, avec les bras de monsieur Schwarzenegger, et que vous décaissez 15 tonnes de terre dans la journée, pas mal, 15 tonnes de terre dans la journée, j'en fait 6 mètres cube pour un gros trou, des géraniums, eh bien, vous êtes 10 fois plus ridicules que la personne qui monte sur une montagne, puisque c'est 0,05 kWh que vous aurez fourni dans la journée avec vos bras, un peu avec votre dos, et avec beaucoup d'ampoules. Donc si vous faites ça un jour sur deux, pareil, à la fin de l'année, vous aurez fourni 10 kWh d'énergie mécanique.

Donc retenez qu'un homme au travail de force, c'est capable de fournir de 10 à 100 kWh d'énergie mécanique dans l'année. Et je vous rappelle que l'énergie, c'est la capacité à transformer l'environnement.

18:11 [un jerrican apparaît sur la diapositive]

Si maintenant vous prenez un litre d'essence, dont vous savez évidemment avec l'actualité récente qu'il coûte le prix [ton ironique] scandaleusement élevé de 1 euro 50, monstrueusement cher, etc. Eh bien dans un litre d'essence, vous avez 10 kWh d'énergie thermique, vous faites passer ça dans un moteur, vous avez 2 à 4 kWh d'énergie mécanique. C'est-à-dire que, dans un litre d'essence qui coûte le prix scandaleusement élevé de 1 euro 50, vous avez la même capacité à transformer l'environnement, dans un litre hein, j'insiste, que dans 10 à 100 jours de travail de force d'un être humain. Un litre!

Et les français en consomment des centaines de litres par an! Chacun!

18:52 [phrases additionnelles "Au SMIC: 200 €/kWh, 2000 €/kWh, ÷ 500, ÷ 5000" apparaissent sur la diapositive]

Si maintenant, on parle argent, puisque, au fond il n'y a que ça qui nous intéresse, eh bien, le kWh d'énergie mécanique d'un homme au travail, ou d'une femme au travail, va me coûter en occident, si je le paye au SMIC, de quelques centaines à quelques milliers d'euros le kWh alors qu'en face la machine me rend le même service pour un coût marginal de quelques dizaines de centimes. 

Donc, je vous le redis autrement, quand on est passé de l'homme à la machine, on a été capable de diviser, en l'espace d'un siècle et demi, le coût unitaire d'une transformation de l'environnement, par quelques centaines à quelques milliers!

Le pouvoir d'achat promis par les politiques, il est là! Il est pas du tout dans le fait que ces des gens plus intelligents que la moyenne, ce n'est pas le cas du reste, il est dans le fait que, la physique, nous a permis d'exploiter des convertisseurs à notre profit, qui ont démultiplié notre capacité de transformation de l'environnement par des facteurs inimaginables, dont personne n'a conscience, et donc, je vais vous le montrer dans pas longtemps, l'économie ne reflète absolument pas cette réalité.

19:54 [phrases additionnelles "Même un esclave : 4-40 €/kWh, ÷ 10-100" apparaissent sur la diapositive]

Imaginons que maintenant je prenne un esclave, donc ça reste entre nous parce que c'est interdit par la loi, et que les gens qui aiment bien ça sont rares. Donc, si vous prenez un esclave, en règle générale, c'est quelqu'un pour qui ce n'est pas une vocation de jeunesse, si je pose la question dans cette salle, qui a envie de faire esclave après ses études, je ne suis pas sûr d'obtenir beaucoup de mains levées, donc ça veut dire que si vous prenez un esclave, vous devez prendre quelqu'un qui n'a aucune envie de faire ça, donc vous allez devoir payer pour qu'on aille le chercher contre sa volonté, payer ensuite, c'est-à-dire investir des moyens pour l'empêcher de foutre le camp, de vous trucider, comme dans Django, etc. Vous allez quand même devoir le nourrir et vous allez devoir l'empêcher de mourir, parce que sinon vous perdez votre actif.

20:31

Eh bien si vous mettez bout à bout tous ces coûts, vous vous rendez compte que même un esclave, va vous coûter 10 à 100 fois plus cher que la machine, qui n'est pas syndiquée, qui ne se met pas en grève, qui travaille H24. Donc la raison pour laquelle l'esclavage a disparu en occident, selon moi, c'est tout simplement, c'est pas du tout parce que notre code génétique fait de nous des gens bons, alors qu'il y a deux siècles nous étions malfaisants, on a exactement le même code génétique, n'en déplaise à Laurent Alexandre. Non, c'est juste parce que, pour le moment, ça n'a aucune espèce de rationalité économique de s'emmerder à asservir ses semblables, parce que c'est quand même emmerdant, alors que la machine fait ça pour beaucoup moins cher, et sans heurter la moralité de quiconque.

Donc, c'est le pétrole qui a sauvé les esclaves. C'est pas du tout notre code génétique qui a changé. Voilà quelques premiers éléments sur pourquoi on s'est mis à consommer de l'énergie de façon importante.

21:24 [Diapositive "L'homme produit avec la machine, ou la machine produit avec l'homme?"]

Alors maintenant, si je regarde les machines qui utilisent de l'énergie, comment elles se comparent par rapport à nous, vous vous rappelez pour tous ceux d'entre vous qui ont fait les études de physique, mentionnées précédemment, qu'on passe de l'énergie à la puissance en faisant intervenir le temps, et donc si je regarde non pas l'énergie mais la puissance comparée d'un être humain et des machines qu'on utilise, voilà ce que j'obtiens.

Avec mes 10 à 100 kWh par an ça revient à dire qu'un homme au travail, il a une puissance qui va de 10 à 100 W. D'accord? Qui connait ici la puissance d'une ampoule électrique à incandescence?

[Blanc]

Bon, personne n'a acheté d'ampoule dans cette salle? Il n'y a pas une personne qui sait ce que c'est la puissance d'une ampoule électrique à incandescence? Combien? Oui c'est ça, l'ordre de grandeur, c'est quelques dizaines de watts. Ça se balade entre 10 et 100 en ordre de grandeur. Donc, ça veut dire qu'un homme au travail il a en gros la puissance absorbée, je dis bien absorbée, d'une ampoule électrique. Ça ne fait pas beaucoup. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je trouve que ça ne fait pas beaucoup.

22:28 [phrase additionnelle "= 60 kW ≈ 600 paires de jambes" apparaît sur la diapositive]

Maintenant je prends n'importe quelle machine qu'on utilise, et vous allez voir qu'on est 2, 3, 4 ordres de grandeur au-dessus.

Je prends un tracteur, eh bien un tracteur, il a la même puissance mécanique que quelques centaines de paires de jambes. Donc, je prends, je donne un tracteur à un agriculteur, et je peux évacuer des champs quelques dizaines à quelques centaines d'agriculteurs qui s'y trouvaient aussi, et leur faire faire autre chose, c'est à dire ouvrier, puis employé de bureau, et étudiant à Sciences Po.

22:54 [phrase additionnelles apparaissent sur la diapositive]

Un engin de travaux publics... Ou consultant, pareil... Un engin de travaux publics, il développe la même puissance que quelques milliers de paires de bras. C'est grâce à ça qu'aujourd'hui on fait les ronds-points magiques, en quelques mois, ou en quelques semaines, ou même parfois en quelques jours, alors qu'avant il fallait des années de travail avec les pelles et les pioches pour arriver au même résultat.

Un camion développe la même puissance que 4000 fois les jambes du conducteur.

Un avion, c'est pour ça que le pilote d'avion est mieux payé que le chauffeur de camion, développe la même puissance qu'un million de fois les jambes du pilote.

Et soit dit en passant, un gros avion de ligne a la même puissance qu'un gros laminoir qui est opéré, à l'instant où je vous parle, par une personne. C'est-à-dire pour ceux d'entre vous et celles d'entre vous qui ont visité le laminoir de Fosses-Sur-Mer, je ne sais pas si quelqu'un l'a déjà fait ici, installation que j'ai visitée, à un instant donné, il y a une personne dans la cabine de pilotage, qui maîtrise 100 millions de watts de puissance. Je vous rappelle que la puissance d'un homme c'est 100 watts avec ses jambes. D'accord? Donc le type avec des joysticks, il a multiplié sa puissance musculaire par un million!

24:07

Si je supprime le laminoir de Fosses-Sur-Mer, et que je dis, je prends des gens qui tapent sur des tôles avec des marteaux, pour arriver au même résultat, eh bien je prends toute l'île de France, vous compris, moi compris, je nous donne des marteaux et on tape sur des tôles toute la journée, c'est tout ce qu'on fait, pour remplacer un laminoir pour remplacer à l'instant où je vous parle par une personne. D'accord?

Donc voilà à quoi ça sert l'énergie, ça sert à mettre en mouvement ces monstres de métal, de plastique et de pierre, qui sont capables d'avoir fait de nous Superman pour de vrai, d'avoir fait que nous, Superman ou Ironman comme vous voulez, pour de vrai.

24:45 [Diapositive avec graphique, intitulée "Miam miam kWh: c'est pas durable, mais qu'est-ce que c'est bon..."]

Alors, cette énergie que nous utilisons pour la mettre dans des convertisseurs, voilà comment elle a évolué par personne depuis un siècle et demi. Il y a un siècle et demi, l'essentiel de l'énergie qu'on utilisait, c'était du bois, donc des dérivés de la biomasse, ça servait essentiellement à produire de la chaleur donc ça alimentait des poêles, pour se chauffer, et ça a servi également à alimenter le début des machines que, on a été capables de mettre au point à cette époque, donc des forges, faut savoir qu'en France les forges occasionnaient de la déforestation et ont occasionné une déforestation croissante jusqu'en 1850, et que c'est le charbon qui a sauvé les forêts françaises, parce qu'on a arrêté d'utiliser du bois pour les forges.

On utilisait également le bois pour les premières machines à vapeur de l'époque. Alors, ce que vous voyez, c'est que le bois, par personne, on en utilise de moins en moins, depuis un siècle et demi, mais comme il y a beaucoup plus de monde, comme on le verra après, en quantité totale, ça n'évolue pas de la même manière, et vous voyez que toutes les autres énergies, que nous avons utilisées après le bois, sont toutes en utilisation croissante ou constante, et elles s'empilent les unes sur les autres.

25:49

C'est-à-dire qu'à ce jour, il n'y a pas macroscopiquement de substitution d'énergie dans le monde, on rajoute les énergies les unes sur les autres.

Alors, après le bois, on s'est mis à utiliser du charbon, et vous voyez que la quantité de charbon utilisée par personne, n'a jamais décru dans le monde depuis qu'on a commencé à utiliser du charbon.

Il n'y a jamais eu de baisse de la quantité de charbon utilisée dans le monde.

26:11 [phrase additionnelle "~50% = machines à déplacer des gens et des choses" apparaît sur la diapositive]

Alors, une des raisons à cela, c'est que le charbon aujourd'hui, c'est la première source de production électrique dans le monde, c'est-à-dire que le premier mode de production électrique dans le monde, c'est les centrales à charbon, on verra ça dans pas longtemps, et ça utilise deux-tiers du charbon qui sort d'une mine sur cette planète. Et l'électricité, c'est la forme d'énergie qui augmente le plus vite actuellement.

26:34 [phrase additionnelle "~64% = machines à faire de l'électricité" apparaît sur la diapositive]

Le pétrole est venu se rajouter au charbon. Il sert pas du tout à la même chose, le pétrole dans le monde, il sert essentiellement à la mobilité. Donc, les centrales, le charbon, ça sert essentiellement à l'électricité, le pétrole sert essentiellement à la mobilité, avant toute chose.

26:47 [phrase additionnelle "Ce qui excite les journalistes ( et du coup les politiques)" apparaît sur la diapositive]

Après on a eu le gaz, après on a eu l'hydroélectricité, etc., et puis dernièrement on a les nouvelles énergies renouvelables. Alors, ramenées à l'individu, les nouvelles énergies renouvelables, c'est les trois petits machins du haut, là, dont on vous explique que dans les 30 ans qui viennent, parce que c'est ça qu'il faut faire pour l'accord de Paris, ça va remplacer tout le reste, dans un approvisionnement énergétique croissant, puisqu'il faut bien que la croissance économique ait lieu.

Alors, s'il y a quelques courageux dans cette salle, je veux bien prendre les paris avec qui veut, à la sortie de cette salle, que dans les 30 ans qui viennent, nous n'aurons pas 100% ENR, remplaçant tout ça par personne, et même cette quantité en croissance. Donc s'il y a des gens qui sont prêts à prendre le pari, je veux bien y aller. Et on n'y arrivera pas pour des raisons physiques. Voilà. Donc un monde 100% ENR, mais j'y reviendrai à la fin de cet exposé, c'est un monde dans lequel notre pouvoir d'achat, il est divisé par n'importe quoi entre 5 et 40. Donc, on peut très bien le faire, il n'y a strictement aucun problème, je veux dire, physiquement on peut le faire, ça n'est sûrement pas un monde qui correspond à la situation économique actuelle. Alors, qui par ailleurs ne va pas durer non plus, donc ça, finalement peut-être, on va y arriver quand même.

27:49

Voilà, mais j'en profite pour vous dire une chose. Vous voyez là l'importance quantitative des ENR dans le monde par rapport aux autres formes d'énergie. A l'évidence, ça n'est absolument pas reflété par l'importance de ces sujets-là dans la pagination du journal. Et donc, je vais être un peu taquin avec vos anciens qui travaillent dans les médias, et vous donner quelque chose que j'espère, vous allez garder en mémoire parce que ça sera très utile pour piloter votre vie future, quoi que vous fassiez, ne prenez jamais ce qu'il y a dans la presse comme une source opposable.

Je répète, ne prenez jamais ce qu'il y a dans la presse comme une source opposable.

La presse, c'est la fin d'un téléphone arabe, qui a déjà joué au téléphone arabe dans cette salle, quand il était petit? Alors parmi les mains qui se lèvent, qui a constaté qu'à la fin de la boucle du téléphone arabe on avait toujours dans tous les cas de figures strictement la même chose qu'au début? On est d'accord, personne. Si, une fois? Vous y avez joué combien de fois? Une fois et avec 3 personnes, non? Haha. Bon. Donc la presse, c'est la fin d'un téléphone arabe, dont vous ne connaissez ni le nombre de maillons, ni la qualité de la transmission entre chaque maillon, ni la source de l'information pour le premier maillon de la chaîne.

29:06

Et comme vous le savez, la résistance d'une chaîne, c'est la résistance de son maillon le plus faible.

Donc à partir du moment où vous ne savez pas ce que vaut l'information de départ, et où vous ne savez pas ce que vaut la qualité de transmission de l'information d'un maillon à l'autre avant que ça arrive au journaliste, vous ne savez pas quelle est la fiabilité de l'information que vous avez en face de vous.

Donc, je le répète, et c'est particulièrement vrai pour les sujets techniques, ne prenez jamais ce qu'il y a dans la presse comme une source opposable.

C'est très désagréable de vous dire ça. Ça veut dire que le boulot que vous pensiez pouvoir vous éviter, de tri et d'analyse et de hauteur de vue sur l'information, est fait par quelqu'un qui va bien le faire. Eh bien, manque de pot, ce n'est pas le cas. Voilà. C'est utile de le savoir parce que ça vous évitera bien des déconvenues.

C'est utile de le savoir parce que ça vous évitera bien des déconvenues.

29:51

J'en profite pour vous dire une autre chose qui est une autre grande règle de vie, à cette occasion, qui est, vous avez été sélectionnés pour rentrer ici avec des problèmes bien posés qui n'admettent qu'une seule solution. Enfin, en tout cas, en sciences.

La vie ça n'est que des problèmes mal posés, qui admettent plusieurs solutions.

Donc une partie de ce que vous apprenez à l'école ne vous est de strictement aucune utilité pour gérer les problèmes de la vie. Ça ne sera que des problèmes mal posés, par exemple avec une information inexacte, et qui admettent plusieurs solutions. Voilà. J'en reviens à mon énergie, donc.

Donc, ce que vous voyez, c'est que la quantité d'énergie mobilisée par personne, c'est-à-dire la quantité de machines mobilisées par personne, a considérablement augmenté en l'espace d'un siècle et demi, c'est ça la révolution industrielle, et c'est ça, j'insiste encore une fois, qui fait l'augmentation du pouvoir d'achat de la population.

30:36 [phrase additionnelle "Carbone!" apparaît sur la diapositive]

Si je regarde aujourd'hui l'essentiel de ce qui fait notre pouvoir d'achat, c'est donc des énergies fossiles. Alors le dictionnaire est bien fait, des énergies fossiles, c'est des restes de vie ancienne, enfin c'est des restes anciens, c'est des choses qui ont fossilisé. Donc, les énergies fossiles, c'est gaz, pétrole, charbon, puisque c'est des restes de vie ancienne, l'uranium n'est pas une énergie fossile, c'est un métal, les métaux ne sont pas considérés comme des fossiles, donc, le cuivre n'est pas considéré comme un fossile, le fer non plus, l'uranium non plus. C'est disponible en quantités finies, évidemment, mais par contre, ce n'est pas fossile.

Et les énergies fossiles étant des restes de vie ancienne, et la vie sur Terre étant basée sur des chaînes carbonées, elles ont toutes comme caractéristiques communes de conduire à des émissions de CO2 quand on s'en sert, puisque libérer l'énergie d'une énergie fossile, c'est oxyder le carbone et l'hydrogène qui s'y trouvent. Donc vous n'utilisez pas d'énergie fossile sans faire du CO2. Ce n'est pas possible.

Et la quantité d'énergie [houlà... et la quantité d'énergie... on est allé un peu vite là... est-ce que je vais y arriver... c'est une zapette qui est un peu mal réveillée là... voilà]

31:51 [phrase additionnelle "20.000 kWh par personne et par an ≈ 200 «esclaves énergétiques» par personne" apparaît sur la diapositive]

La quantité d'énergie que nous utilisons aujourd'hui en moyenne mondiale, ça fait vingt mille kWh par personne et par an, et avec le petit calcul d'ordre de grandeur que je vous ai fait juste avant sur comment se compare la puissance musculaire et la puissance des machines, ça revient à dire que chaque terrien, grâce aux machines qu'il mobilise à travers cette quantité d'énergie, a multiplié sa puissance productive par 200. A multiplié sa puissance musculaire par 200.

Donc, l'énergie qui permet de mettre en route des machines, a de fait multiplié la capacité de transformation de l'environnement de chaque terrien, par un facteur 200.

Je vais vous le dire encore autrement, nous sommes un peu plus de 7 milliards sur Terre, s'il n'y avait pas les machines et l'énergie, pour avoir la même production annuelle, il faudrait qu'on soit mille quatre cents milliards.

[Blanc]

Ça poserait un tout petit problème de nourriture.

Donc, les machines, ont permis, j'insiste, de faire de nous Superman pour de vrai.

Alors, en Occident, ce n'est pas 200 le multiple, c'est entre 500 et mille. Et pour les CSP+ que vous êtes majoritairement, c'est plutôt entre mille et deux milles. Donc, vous dans cette salle, vous vivez, moi dans cette salle aussi parce que je fais partie de la même catégorie, exactement comme si j'avais mille à deux mille esclaves à ma disposition en permanence.

33:08

Le smicard français, grâce à l'énergie, vit aujourd'hui comme un nabab. C'est ça le drame politique de cette affaire. Vous ne pouvez pas lui dire, mais c'est la réalité. C'est ça le drame politique de cette affaire. Et même le mode de vie du smicard français, ce qu'on va voir dans pas longtemps, n'est pas durable. C'est-à-dire qu'il est déjà trop élevé par rapport à ce que la nature est capable de nous offrir, en combustibles, en capacité d'épuration du CO2, etc. Voilà. C'est ça encore une fois le drame politique indicible de cette affaire.

33:39 [Diapositive "Les voici, nos esclaves des temps modernes]

Alors vos esclaves des temps modernes, en voici un tout petit sous-ensemble, et en plus ces esclaves des temps modernes ont la très bonne idée par rapport aux esclaves des temps anciens qui étaient les animaux de trait et les organismes humains, de manger du sous-sol. Parce que les animaux de trait nous faisaient concurrence sur l'alimentation autrefois, il leur fallait des surfaces pour se nourrir, c'était autant de surface qu'on ne pouvait pas utiliser pour nourrir les hommes. Les esclaves il fallait [inaudible] des surfaces pour les nourrir, c'était autant de surface que vous ne pouviez pas utiliser pour nourrir les gens dits libres.

Là, les esclaves des temps modernes mangent du sous-sol, donc ils nous laissent tout l'espace en surface, et soit dit en passant, un des problèmes liés aux énergies renouvelables, c'est que ça recrée de la concurrence d'usage du sol, parce que les énergies renouvelables, elles, elles n'utilisent pas du sous-sol, elles utilisent du sol.

Donc, on retombe sur ce problème historique de concurrence d'usage du sol avec les énergies renouvelables. Et donc, par individu, ça nous a multiplié notre puissance musculaire par un facteur de 100 à 600.

34:34 [Diapositive avec un graphique intitulée "La France, pays "tout nucléaire"?"]

Qui dans cette salle n'a jamais entendu dire que la France était un pays tout nucléaire?

Voilà. Donc vous lisez le même journal que moi, c'est bien. Eh bien, voici l'énergie qui en France actionne les machines que nous utilisons. Alors, où est-ce qu'on utilise des machines dans ce pays? On utilise des machines chez nous, c'est la colonne "Résidentiel"; on utilise des machines là où on travaille, ça s'appelle "Tertiaire"; on utilise des machines pour fabriquer des objets, ça s'appelle "Industrie"; on utilise des machines pour faire pousser de la nourriture, ça s'appelle "Agriculture", et on utilise des machines pour gérer les transports, ça s'appelle "Transport".

L'axe vertical est gradué en milliards de kWh, c'est ça qu'on appelle des TW/h, et comme un kWh, c'est 3,6 millions de joules, je peux utiliser des kWh pour tout, pas juste pour l'électricité. Je peux en utiliser pour le charbon, pour le pétrole, pour le gaz, pour ce que je veux. Dès qu'il y a de l'énergie, je peux utiliser des kWh.

35:30 [Les combustibles fossiles sont "cerclés" dans la diapositive]

Et maintenant, je vais cercler ce qui dans ce pays provient des combustibles fossiles pour les machines que nous actionnons.

Et maintenant je vous pose la question, pensez-vous que la France soit un pays tout nucléaire?

[Blanc]

Qui considère que c'est une affirmation justifiée quand on voit ce graphique?

Voilà. Donc voilà une application très pratique de ce que je viens de vous dire tout à l'heure, surtout ne croyez pas la presse. Ne croyez pas la presse. Jamais. J'insiste. Jamais. Ce n'est jamais opposable.

36:00 [Diapositive "Un peu plus de consommateurs aussi"]

Alors, dans le même temps, vous avez la population humaine qui a un tout petit peu augmenté. Alors en fait ce n'est pas dans le même temps, c'est grâce à l'énergie que la population humaine a augmentée. Parce que l'énergie a permis par exemple de supprimer l'essentiel des famines, si ça ne pousse plus ici on transporte de là où ça pousse. L'énergie permet de conserver les aliments. L'énergie permet de se protéger du chaud et du froid. L'énergie permet d'avoir du temps libre pour chercher sur des médicaments, parce que tant qu'on est occupé à faire pousser des patates, il n'y a pas beaucoup de chercheurs en médecine qui s'occupent d'allonger votre espérance de vie. L'énergie permet de vous protéger des microbes quand vous naissez, etc.

Donc en fait, l'allongement de l'espérance de vie, c'est une conséquence directe de l'accroissement de l'approvisionnement énergétique. C'est une conséquence directe. Donc, dans le même temps que nous utilisons de plus en plus d'énergie par personne, c'est-à-dire que par personne on transforme de plus en plus l'environnement, on est de plus en plus nombreux.

36:52 [phrases additionnelles "Sédentarisation des hommes" et "Début de la révolution industrielle" apparaissent sur la diapositive]

Alors l'INSEE à l'époque n'était pas extrêmement performante, mais on va dire qu'au moment où les hommes se sédentarisent, il y a 10.000 ans, est-ce que vous savez pourquoi les hommes se sédentarisent il y a 10 mille ans?

[Blanc]

Parce qu'il y a 10 mille ans, nous sortons de la dernière grande transition climatique que l'humanité a connue, c'est-à-dire la déglaciation, et le climat devient stable. Le climat a été stable pendant 10 mille ans jusqu'au moment où on a commencé à le tripoter, et donc un climat stable, ça permet de commencer à développer des pratiques qui sont reproductibles d'une année sur l'autre, alors que quand le climat n'est pas stable vous ne pouvez pas, en restant au même endroit.

Bon. Et nous sommes les lointains ancêtres de cette stabilisation du climat, puisqu'aujourd'hui vous habitez en ville, enfin vous étudiez en ville, la création de l'agriculture puis derrière des villes parce que sans agriculture il n'y a pas de ville, c'est une conséquence de la stabilisation du climat.

Donc il y a 10 mille ans, le climat commence à stabiliser, et à l'époque, même si l'INSEE n'est pas très performante, nous sommes quelques millions sur Terre.

37:45

Au début de la révolution industrielle, on a quand même gagné un facteur 100, en ordre de grandeur, enfin d'un facteur de quelques dizaines, et nous sommes de l'ordre du milliard, et puis là vous voyez qu'en deux siècles, crac, on est passé à 7 milliards, et ça continue à augmenter.

Quand je suis né, la population humaine était la moitié de ce qu'elle est aujourd'hui. Alors certes je suis un vieux crabe à vos yeux, mais quand même ça fait une grosse augmentation sur une durée de vie!

Alors question, est-ce que, quand on voit ce genre d'évolution, on se dit que la population va rester stable indéfiniment à 7 ou 8 milliards d'habitants, moi je ne suis pas complètement persuadé, et je suis même raisonnablement persuadé du contraire.

Donc dans les régulations auxquelles il faut s'attendre dans les décennies ou siècles qui viennent, il y aura notamment une contraction de la population qui va s'opérer d'une façon que je ne suis pas capable de vous prédire, mais je suis à peu près sûr qu'elle aura lieu.

38:37 [Diapositive "Miam miam kWh + miam miam tout court]

Alors maintenant, une fois que je combine énergie par personne fois variation de la population, voilà à quoi ressemble la quantité totale d'énergie, c'est-à-dire le parc de machines que nous mettons en mouvement sur Terre. Et vous voyez en haut, là, le petit machin, là, qui excite tout le monde, alors que l'essentiel, de cette énergie, qui met en mouvement l'essentiel du parc mondial de machines, c'est du carbone! C'est-à-dire des énergies fossiles.

39:00 [Diapositive "Le solaire, énergie la plus en vogue, vraiment? - Surplus de consommation"]

Même si je regarde la façon dont ça a varié récemment, puisque vous allez dire "oui mais jusqu'à maintenant on ne s'occupait pas de la transition maintenant on a mis en route la transition alors maintenant ça va mieux". Voilà comment a varié la quantité d'énergie utilisée sur Terre depuis l'an 2000. Depuis l'an 2000. 2000, ce n'est pas très vieux, normalement vous étiez nés. Eh bien, pas de beaucoup, mais quand même. Donc voyez, depuis en gros l'âge de votre naissance, comment a varié la quantité d'énergie qu'on utilise sur Terre. Pour chacune des énergies qu'on utilise sur Terre, ce graphique ne vous donne pas la quantité qu'on utilise aujourd'hui, mais l'augmentation ou la baisse entre 2000 et 2018. Eh bien vous voyez que ce qui a le plus augmenté entre 2000 et 2018, et de très, très loin (!), ce n'est pas du tout les énergies renouvelables, c'est les énergies fossiles.

39:48 [phrase additionnelle "De 2000 à 2018..." apparaît sur la diapositive]

Sur cette période, le charbon par exemple, a augmenté 5 à 10 fois plus que les deux énergies renouvelables dont on adore parler dans ce pays, c'est-à-dire l'éolien et le solaire, alors que soit dit en passant la première sur Terre c'est l'hydro-électricité, qui a plus augmenté que l'éolien et le solaire sur la période, mais vous voyez que le différentiel reste encore en faveur des énergies fossiles.

Alors, je vais vous le dire d'une autre manière, ce n'est pas moi qui aie inventé ça, mais je trouve ça très rigolo, si vous buvez une bouteille de whisky par semaine, et que votre médecin vous dit "vous devriez y aller quand même mollo", vous dites "pas de problème, je passe à 1,2 bouteille de whisky mais je rajoute un verre de jus d'orange". Est-ce que vous pensez que votre foie voit sa condition s'améliorer?

C'est exactement ce que nous avons fait sur les 18 dernières années, nous sommes passés de 1 bouteille à 1 bouteille et demie, de whisky, en rajoutant un peu de jus d'orange et de vitamine C par-dessus. Voilà ce qu'on a fait depuis 18 ans. On n'est pas du tout en train de régler notre problème! Pas du tout, du tout, du tout, du tout! Pas du tout! On est en train d'accroître notre problème, en ayant ajouté par-dessus un zeste de machin qui dit que ça va bien.

40:59 [Diapositive intitulée "L'électricité sent hélas plus fort le carbone que le panneau"]

Je vous parlais de l'électricité tout à l'heure, alors une partie de l'énergie qu'on utilise, commence par transiter par une centrale électrique. Alors une centrale électrique, c'est un convertisseur, comme d'autres machines, qui prend de l'énergie disponible dans l'environnement, du pétrole, du gaz, du charbon, de l'uranium, des chutes d'eau, etc., et qui en sort une autre forme d'énergie qui s'appelle de l'électricité.

L'essentiel des centrales électriques dans le monde sont des machines thermiques, c'est-à-dire qu'on commence par faire de la chaleur, avec cette chaleur on fait de la vapeur, et avec cette vapeur on fait tourner une turbine, c'est-à-dire un alternateur et on fait de l'électricité.

41:33 [Phrases additionnelles "1000 g... 10 g de CO2/kWh électrique" apparaissent dans la diapositive]

Cette chaleur peut être produite par du charbon, c'est 40% de l'électricité dans le monde, et ça fait un kilo de CO2 par kWh électrique, ça peut être fait par du gaz, c'est 25% de l'électricité dans le monde, et ça peut être fait par du pétrole, c'est quelques pourcents de l'électricité dans le monde.

Après, vous avez encore un mode thermique, c'est le nucléaire, ça fait 10 grammes en gros de CO2 par kWh, et le premier mode renouvelable, non thermique, c'est-à-dire on n'a pas besoin de chaleur pour faire de l'électricité, c'est l'hydro-électricité, où là c'est directement le mouvement de l'eau qui entraîne la turbine.

42:07

Mais tous les autres modes sont thermiques. Ce qui veut dire soit dit en passant que tous les autres modes c'est des machines de Carnot qui ont besoin de sources froides. Donc, toutes les centrales thermiques en bord de rivière ont ces grandes tours de refroidissement qui en France sont l'emblème de la centrale nucléaire. Sauf que si vous allez voir une centrale en bord de mer, il n'y a pas ce genre de truc, donc vous allez à Penly, il n'y a pas de tour de refroidissement pour une centrale nucléaire, par contre si vous allez voir une centrale à charbon allemande en bord de rivière, vous avez cette grande tour de refroidissement.

Donc, ces grandes tours de refroidissement, ce n'est pas l'emblème de la centrale nucléaire, c'est l'emblème de la centrale thermique en bord de rivière. Voilà. Autre chose que la presse vous assimile, alors que ce n'est pas une bonne assimilation. L'assimilation, c'est tour de refroidissement, centrale thermique. Ce n'est pas tour de refroidissement, centrale nucléaire.

Pourquoi est-ce que le nucléaire est décarboné, parce que vous avez un rapport un à un million, entre l'énergie que vous retirez d'une combustion, et l'énergie que vous retirez d'une fission, pour la même quantité de matière de départ. Dis autrement, si je fissionne un gramme d'uranium, c'est comme si je fais brûler une tonne de pétrole. Donc le nucléaire manipule des très petites quantités de matière. Donc même si vous avez des engins de mine qui fonctionnent au diésel, de l'enrichissement, etc., toute la chaîne du combustible et le traitement des déchets derrière, comme ça manipule des toutes petites quantités de matière, rapporté au kWh produit, ça ne fait pas beaucoup de CO2.

Ce n'est pas parce qu'on vous ment, c'est juste pour des raisons physiques. Et l'hydro-électricité n'en fait pas beaucoup non plus parce qu'une fois que vous avez construit le barrage, donc couler du béton, ce qui émet du CO2, après vous n'en avez plus. Et les nouvelles énergies renouvelables, vous voyez ce que ça représente en haut.

43:39 [Phrase additionnelle "40 à 250 g de CO2/kWh électrique avec stockage" apparaissent dans la diapositive]

Et elles ne sont pas non plus zéro carbone. Parce que pour faire un panneau solaire, vous avez besoin de vingt métaux différents, donc il faut les fondre, et fondre des métaux, ça émet du CO2, il faut faire de la métallurgie de l'acier, de la métallurgie du silicium, de la métallurgie du cuivre, etc., tout ça crache du CO2, donc vous en avez plus ou moins en fonction du collecteur que vous allez utiliser.

Si vous utilisez un panneau solaire et que vous stockez l'électricité sur batterie, vous pouvez arriver à quasiment 200 grammes de CO2 par kWh, ça se balade entre 50 et 200, et pour mémoire le kWh au gaz, c'est 400. Le kWh électrique au gaz, c'est 400. Donc, vous voyez que ce n'est pas du tout vert, c'est moins carboné que le gaz. Ça c'est une affirmation précise.

Vert, ce n'est pas précis. Du reste, l'électricité n'est pas verte. Si vous mettez vos doigts dans la prise, vous n'allez pas devenir vert. L'électricité c'est de l'électricité. Vous n'allez pas vous transformer en Hulk si vous mettez vos doigts dans la prise, ça ne marche pas bien.

Voilà. Donc, ce que vous voyez sur la production électrique

44:38 [Diapositive "Le solaire, énergie la plus en vogue, vraiment? - Surplus de production"]

C'est que l'essentiel est fossile, et l'essentiel de l'incrément, alors là je vous ai même pris simplement les huit dernières années, est aussi fossile. C'est-à-dire que, avant de vous parler des panneaux solaires qu'on installe je ne sais pas où, on devrait continuer à vous parler des centrales à charbon, qu'on installe je ne sais pas où. Parce que c'est ça qui continue à se passer avant toute chose.

Alors maintenant je vais vous parler un peu d'économie. Parce que dans le système physique que je vous décris, en fait ce système physique on ne le voit pas au quotidien, parce que ce que vous allez manipuler au quotidien, ce n'est pas des kWh, vous n'arrivez pas chez le marchand de carottes en disant "bonjour je voudrais des carottes, ça vaut combien de kWh?" Le marchand de carottes vous lui dites "bonjour je voudrais des carottes, ça vaut combien d'euros?" Donc en fait, le seul indicateur quantitatif que vous manipulez tous les jours, c'est des euros. Vous êtes d'accord avec moi? Vous en manipulez un autre qui est le temps, celui-là il est purement physique, et même en payant très cher on ne fait pas passer les journées à plus de 24 heures, enfin ça on s'en rend bien compte.

Mais par contre, l'indicateur quantitatif que vous allez manipuler le plus souvent, c'est les euros. Alors les euros c'est donc un produit de l'économie. Et l'économie a un problème fondamental avec ce que je viens de vous exposer, c'est qu'elle s'est par construction rendue myope vis-à-vis de la physique.

Vous avez ici un homme dont certains d'entre vous et certaines d'entre vous ont peut-être entendu parler, qui s'appelle monsieur Jean-Baptiste Say, qui a entendu parler de Jean-Baptiste Say?

45:59 [Diapositive "Si nous sommes ici, c'est un peu à cause de lui"]

Ah il y en a plus que de gens qui savent la définition de l'énergie. Alors, monsieur Jean-Baptiste Say, comme un certain nombre de ses petits copains de l'époque, quand ils ont commencé à théoriser la façon dont on devait concevoir l'économie, en fait ils ont, je vais résumer l'économie par une phrase que vous connaissez bien, l'économie c'est la gestion de ce qui est rare, alors moi je vais vous le dire un peu autrement, l'économie c'est la compréhension des facteurs limitants dans la production. D'accord?

Alors, qu'est-ce que c'est que l'économie physiquement? C'est un système de transformation. C'est juste ça! Produire, c'est transformer. Tous les vêtements que vous avez sur vous sont des ressources transformées, les bancs sur lesquels vous êtes assis, enfin les chaises sur lesquelles vous êtes assis, sont des ressources transformées. La salle dans laquelle nous sommes, c'est des ressources transformées. Les moyens de transport qui vous ont permis de venir ici, c'est des ressources transformées. Votre smartphone, c'est des ressources transformées. Le réseau de télécom qui vous permettra d'envoyer une vidéo à votre copain, c'est des ressources transformées. Tout ça, c'est des ressources transformées.

Donc nous arrivons sur Terre, et tout ce que nous avons été capables de faire, c'est pas mal, mais nous avons été capables de faire, c'est de prendre les ressources disponibles sur Terre et de les transformer. D'accord? C'est ça notre activité productive économique.

Alors dans cette affaire-là, il y a deux siècles, nous sommes un milliard sur Terre, et monsieur Say se dit "les ressources naturelles il y en a autant qu'on veut". Alors, si on veut sortir des pierres, sortir des pierres de Tuffeau pour faire des maisons de maîtres dans l'Anjou, eh bien il y en a autant qu'on veut, donc on ne va pas s'emmerder à savoir s'il y a un problème de limite sur la pierre de Tuffeau.

47:29

Donc à ce moment, on se dit, le seul facteur limitant il y a deux siècles, l'essentiel de l'activité humaine est agricole, donc on se dit, voilà bon, le seul truc limitant pour la production, c'est le nombre de gens qui sont capables de travailler, et, le capital humain déjà existant, qui à l'époque est essentiellement la terre. Le reste, ce n'est pas la peine de s'emmerder à le compter parce que pour ceux d'entre vous qui ont des vieux souvenirs de maths, si on considère que le stock de départ est infini, toute variation relative du stock est nulle. Donc on ne va pas s'emmerder à traîner des zéros partout dans les équations, c'est un peu ballot, donc on dit, allez hop, zéro, je ne m'en occupe pas.

Et donc arrive monsieur Jean-Baptiste Say, qui écrit explicitement ce qui était l'axiome de départ de la théorie économique, que nous utilisons encore aujourd'hui, qui est, les ressources naturelles c'est gratuit.

Les ressources naturelles c'est gratuit. Donc 20% d'oxygène dans l'air, c'est gratuit. Pourtant si je retire 20% d'oxygène dans l'air, vous êtes d'accord avec moi que le PIB tombe à zéro. Puisque vous mourez tous. Et toutes. On est d'accord là-dessus? Donc, voilà quelque chose qui est indispensable à l'existence d'une activité économique et qui est invisible dans nos comptes.

48:40

Je vais vous donner un autre exemple: "le pétrole est gratuit". "Allez, il délire complètement, comment ça le pétrole est gratuit? 1 euro 50, les gilets jaunes..." Non, le pétrole est gratuit. La formation du pétrole n'a pas coûté un centime à qui que ce soit dans cette salle. La formation du pétrole, c'est de la vie ancienne qui ne vous a rien coûté, de la fossilisation par la géothermie et la tectonique des plaques qui ne nous a rien coûté, et tout ce que ça coûte le pétrole c'est de se baisser pour aller le ramasser.

Donc quand vous payez le pétrole, ce que vous payez c'est les ingénieurs de feu les fleurons français, Techniques et Schlumberger, qui sont maintenant passés américains, puis les ingénieurs de chez Total, puis le consentement à se défaire du pétrole, ou les chars et les avions que vous envoyez, ça dépend des versions, des gens qui en ont. C'est ça ce que ça vous coûte. A aucun moment vous n'avez payé le pétrole lui-même.

Et je peux vous refaire le raisonnement pour l'acier, vous n'avez pas fait les noyaux des atomes de fer. Les atomes de fer ont été créés par la génération d'étoiles qui a précédé le soleil, à partir de protons. Vous ne savez pas faire ça. Moi non plus du reste. Donc nous arrivons sur Terre et du fer il y en a plein partout et c'est gratuit. Il n'y a qu'à se baisser pour aller le ramasser. La formation du fer est gratuite. La formation du cuivre est gratuite. La formation des diamants est gratuite. La formation du platine est gratuite. La formation de tout ce que nous avons à disposition sur Terre est gratuite. C'est exactement ce qui est écrit là.

49:54 [Diapositive "Pas de prix... pas de dommage!"]

Alors si c'est gratuit, la diminution de cet actif vaut zéro. Donc ça, ça vaut zéro.

[Blanc]

Par construction! On est d'accord? Ça, ça vaut zéro par construction! Il y a quand même un mec qui a eu le "so-called" prix Nobel de l'économie pour avoir fait une fonction de dommage là-dessus. Alors une fonction de dommage sur un truc qui vaut zéro par convention, c'est [JMJ utilise son doigt pour sentir la direction du vent] ça (!), ça mérite même un prix Nobel. Mais c'est exactement, ça mérite une blague, mais ça ne mérite pas un prix Nobel.

Donc, la terre vaut zéro. Alors pour ceux d'entre vous qui ont quelques notions de base de comptabilité, ça revient à dire que nulle part dans la formation des prix, nous n'avons une dotation aux amortissements pour diminution des ressources naturelles. Nulle part! D'accord?

50:40 [Diapositive "L'économie de la terre plate"]

Donc l'économie qu'on va vous apprendre ici, je suis désolé d'être très désagréable avec la puissance invitante, elle est basée sur un système de pensée qui se résume à ça, donc vous avez deux facteurs productifs qui sont le travail et le capital humain, et ça, ça a permis de remplir le supermarché. Et si le supermarché n'est pas assez rempli, c'est-à-dire que le pouvoir d'achat n'est pas assez haut, on botte le cul des gens qui ne veulent pas travailler, on botte le cul des banquiers qui ne veulent pas investir, et le système est sensé repartir.

Alors, ça fait 10 ans qu'on fait ça, dans ce pays, et ça fait 10 ans que, comme disait ma fille quand elle avait deux ans et demi, "ça mieux pas". Si ce n'est pas comme ça que ça se passe, c'est probablement que la représentation du système n'est pas la bonne. Et de fait, la représentation du système n'est pas la bonne!

51:20 [Diapositive "En fait, il vaut mieux avoir de la ressource"]

La représentation du système, c'est que, pour avoir ce que vous avez à droite, qui sont des ressources transformées, vous avez besoin des ressources à transformer, je le redis, vous ne créez pas, tel Harry Potter, les atomes de cuivre et de fer qu'il y a dans les objets qui contiennent du métal. Vous avez besoin de les trouver dans la nature. Donc, vous avez besoin de ressources. Et vous avez besoin de la capacité à les transformer, ce qu'on appelle du travail, et ce travail avec ce que je vous ai exposé avant, il vient pour un, de nos carcasses, et pour 200, des convertisseurs extra-corporels que nous avons créés, qui s'appellent Superman, ou Spiderman, ou Ironman, ça dépend quel est votre comique préféré de chez Marvel.

51:01

Donc, ce que vous voyez sur ce graphique, c'est une représentation synthétique physique de l'économie, et là-dedans le capital il existe bien, c'est une boucle interne au système. C'est-à-dire que cet immeuble qui est un élément de capital, a été fait exactement comme vos vêtements, qui n'en sont pas normalement, c'est-à-dire en transformant des ressources naturelles. La seule différence, c'est que ça ne s'use pas quand on s'en sert, c'est-à-dire que normalement cette salle ne s'écroulera pas pendant qu'on y est. Et si ça se passe, ça fait les gros titres des journaux, qui, pour une fois, a raison.

Donc, le capital, c'est juste de la production, c'est-à-dire des ressources transformées déjà existantes, que nous réaffectons parce que c'est capable de durer, a une amélioration de la production future, c'est-à-dire de la transformation future de ressources naturelles. C'est juste ça, le capital, en termes physiques.

52:46

Alors, une fois qu'on comprend ça, on se dit qu'il y a d'autres facteurs limitants dans le système, et que par exemple si nous devons avoir un défaut d'énergie, dont vous verrez dans pas longtemps que ça n'est pas nécessairement donné par le prix, alors ça c'est encore un truc très désagréable que je vais vous dire, il n'y a pas d'élasticité prix/volume, on le verra après, si vous avez un défaut d'énergie, eh bien vous aurez un défaut de production même si vous avez pleins de gens prêts à se lever le matin pour aller travailler, et même si vous avez des banquiers qui sont extrêmement généreux. De toute façon, vous avez un facteur limitant qui s'applique.

Mais comme monsieur Jean-Baptiste Say et ses copains ont dit "l'énergie on s'en fout" (!), "c'est une ressource naturelle, c'est gratuit", vous ne le voyez pas venir avec les conventions qu'on utilise.

Donc vous dites, c'est la crise de la dette, de machin, ... Non, non! Vous allez voir, c'est d'abord la physique qui s'applique. Et les indicateurs monétaires suivent. Et si vous avez un défaut de ressources, eh bien vous aurez également un défaut de production.

Alors qui est allé en Bretagne cet été? Ah pas mal! Qui sait où se trouve Le Guilvinec? Un peu moins! Est-ce que vous savez quelle est l'activité principale du Guilvinec? La pêche, absolument! Est-ce que vous avez déjà vu un bateau de pêche? Du coup, oui, bon. Alors je vous pose une question, imaginons que vous ayez un bateau de pêche avec des tas de marins prêts à aller sur la mer, et le crédit maritime prêt à payer le bateau de pêche. D'accord? Et pas de diésel pour mettre dans le bateau. A votre avis, est-ce que le bateau pêche? Est-ce que les gens prennent les rames et font avancer le bateau de je ne sais pas quoi, 5 ou 10 mille chevaux. Non pas du tout. Imaginons donc, pas d'énergie, pas de PIB, et puis derrière la conserverie de Douardenez ne conserve rien du tout, et le magasin Franprix du coin de la rue qui vous vend les sardines en boîte ne vous vend rien du tout. D'accord? Donc, vous n'avez pas de PIB derrière.

54:34

Et l'administration fiscale ne perçoit pas de TVA sur tout ça. Si vous avez le chalutier du Guilvinec qui a du fuel, des marins et le crédit coopératif, et le crédit maritime pardon, consentant, et qu'il n'y a plus de poissons à pêcher. C'est-à-dire pas de ressources. Eh bien ça ne marche pas non plus! Et comme le disait Renaud, la mer c'est dégueulasse parce que les poissons baisent dedans, et les poissons apparaissent tous seuls dans la mer. Parce qu'ils baisent dedans. Et c'est gratuit! C'est gratuit! Donc, vous utilisez pour faire le plein de PIB de la pêche, et toutes les activités de transformation à l'aval, de ressources qui sont totalement gratuites, qui s'appellent du pétrole et des poissons.

Donc voilà un petit exemple, et là vous voyez bien que dès aujourd'hui, en ce qui concerne la pêche parce que vous avez tous entendu parler, qui en l'occurrence est légitime du problème de la surpêche, dès aujourd'hui, nous avons un problème de ressources disponibles dans l'océan, qui n'est ni un problème d'effectif dans la marine, ni un problème de banquiers qui sont prêts à prêter. D'accord? Ce n'est pas ce problème qui s'applique, c'est un autre, c'est un problème physique, qui n'a pas d'existence dans nos conventions économiques.

55:37 [Diapositive "Hollande et Sarkozy auraient dû se présenter il y a 1000 ans!"]

Alors, historiquement, si ce truc-là veut bien fonctionner, historiquement, voilà comment ça se présente. Voilà le PIB reconstitué depuis l'an zéro, alors la reconstitution du PIB en l'an zéro c'est comme la population humaine en l'an -10 mille, à ce moment l'INSEE est moins efficace qu'aujourd'hui, mais enfin on est quand même capable en ordres de grandeurs de faire des reconstitutions, vous avez ici à quoi ressemble le PIB mondial reconstitué depuis la naissance de monsieur Jésus Christ.

Alors, ce que vous voyez, c'est que pendant très longtemps, en fait la production économique de l'humanité n'a quasiment pas varié, tout simplement parce que la population n'a quasiment pas varié, ou elle variait très peu, et que par ailleurs il y avait des pestes, des machins, etc., et par ailleurs la productivité par personne ne variait pas puisqu'on n'avait pas d'auxiliaires supplémentaires à s'adjoindre. D'accord? On n'avait que notre puissance musculaire et nos esclaves en taux constant, et nos animaux de trait en taux constant, donc ça ne varie pas.

56:31

Alors ça résout le problème des élections. Vous voyez, c'est ce que je vous ai mis là, parce que, il n'y a pas besoin de promettre la croissance, il n'y a pas de croissance. Mais vous noterez aussi, vous qui allez faire des études qui sont associées à cette affaire-là, qu'il n'y avait pas non plus de démocratie.

Les seules démocraties antiques que vous trouvez, sont des démocraties qui ont reproduit le système esclavagiste que nous avons aujourd'hui avec nos machines, c'est-à-dire la Rome et la Grèce antiques, où vous aviez une poignée de citoyens libres, assis sur une armée d'esclaves. Parce que pendant que les mecs faisaient leurs orgies et discutaient de l'avenir de la cité, il y avait des millions d'esclaves autour de Rome qui bossaient pour eux, pour leur faire la nourriture.

Donc la démocratie n'était pas quelque chose qui concernait l'ensemble de la population, ça concernait une minorité de nantis, qui étaient assis sur une majorité d'asservis. Eh bien c'est exactement le système que nous avons reproduit aujourd'hui avec les machines, nous sommes une minorité, quelques milliards d'individus de nantis, sur une majorité, quelques milliers de milliards d'individus de machines. Sauf que les machines ne gueulent pas.

57:30

Mais sinon, c'est [inaudible], et que la morale n'y revoit rien à redire. Sauf pour les conséquences futures, mais... Donc, voilà exactement le système qu'on a reproduit. Donc, pas de croissance. Retenez bien ce que je vais vous dire, ce n'est pas complètement sûr qu'on garde la démocratie.

[Blanc]

La démocratie, comme vous pouvez le constatez aujourd'hui, c'est l'art de promettre plus à tout le monde, dans un monde sans croissance, c'est arithmétiquement impossible. Donc si je promets plus à ce jeune homme en orange au milieu de la salle, par construction, je promets moins à cette jeune femme en rouge là-bas. C'est par construction. D'accord? Dans un monde sans croissance, c'est comme ça. Donc, conserver la démocratie dans un monde sans croissance [si, si, ils existent bien les deux, je les ai vus], dans un monde sans croissance, vous n'arrivez pas à gérer un système, les arbitrages vont devenir considérablement plus violents. Considérablement plus violents! Et donc on a intérêt à bien les faire.

Jusqu'en 1850, c'est-à-dire la révolution industrielle, voyez, il y a une croissance, mais enfin il faut la regarder avec une loupe, le premier pays où ça décolle vraiment, c'est l'Angleterre, parce que l'Angleterre commence à taper dans son charbon, et le charbon c'est les machines! Et puis arrive le début des combustibles fossiles et alors là c'est "Rhââ Lovely", vous avez l'invention par les économistes de la croissance structurelle de long terme.

Quelle bonne blague! Quelle bonne blague! Ça n'existe évidemment pas, la croissance structurelle de long terme.

58:43

Tous les systèmes physiques finissent par revenir à l'équilibre quand ils sont hors d'équilibre. Donc la croissance structurelle de long terme, ça n'existe pas. D'accord? Pour le moment, nous avons une phase transitoire de l'humanité, un siècle et demi, c'est court au regard des temps géologiques, avec de la croissance. Vous finirez votre vie dans un monde sans croissance. Même moi. D'accord? Ça n'existe pas, la croissance structurelle de long terme.

A court terme, ça marche bien, parce qu'à court terme on n'a pas de problème sur l'énergie.

59:08 [Diapositive "Le meilleur modèle macro-économique du monde : une droite"]

Alors voilà le meilleur modèle macro-économique que j'ai trouvé à ce jour, ça s'appelle une droite. La droite elle vous dit "regarde combien d'énergie tu utilises sur Terre c'est-à-dire combien de machines tu mets en mouvement, et moi je te dirai quel est le PIB mondial".

Ça marche extrêmement bien! Alors je n'ai pas le temps ce matin, mais j'ai quelques articles disponibles sur mon site, sur lequel je fais des monographies sur certains pays, et j'en ai fait une sur l'Italie, il y a un an, l'Italie est un cas d'école, où cette courbe-là rebrousse chemin à partir de 2006, il y a moins d'énergie qui rentre dans le pays parce que l'Italie était un pays très dépendant du pétrole et le pic conventionnel, c'est 2008, donc l'Italie voit son approvisionnement en pétrole se casser la gueule, pas parce qu'elle l'a choisi, parce qu'elle le subit, c'est exactement la même chose pour la Grèce et pour le Portugal, et pour l'Espagne soit dit en passant, et à ce moment le PIB italien rebrousse chemin quoi que puisse penser l'électeur italien.

D'accord? Quoi que puisse penser l'électeur italien. Et c'est exactement ce qui nous pend au nez dans tout le reste de l'Europe.

Exactement ce qui nous pend au nez dans tout le reste de l'Europe.

1:00:12 [Diapositive "Puis-je avoir du PIB sans énergie?"]

Alors cet asservissement il marche non seulement en valeur absolue mais en variation, ici vous avez la variation de l'approvisionnement énergétique dans le monde en vert, et la variation du PIB mondial en bleu, vous voyez que ça marche extrêmement bien. C'est un très bon asservissement, parce que c'est les machines qui produisent, j'insiste, et même dans les services, c'est les machines qui produisent. Dans un service de transport, vous avez des grosses machines. La SNCF, c'est le premier consommateur d'électricité de France. Dans les services dits à la personne, vous avez de l'énergie. Vous n'allez pas chez la personne sans une voiture. Vous ne lui amenez pas ses repas sans des usines pour produire les repas, les mettre sous plastique, etc.

Et faire comme je l'ai vu l'autre jour, là, des œufs au plat sous plastique. Quand même merveilleux! [ton cynique]

Donc vous... Donc aucun service ne fonctionne sans des machines. Aucun, aucun, aucun! Vous allez au restaurant, c'est un service, il y a des machines partout! Il y a des machines qui s'appellent des camions qui ont ramené la nourriture, il y a des machines qui s'appellent les tracteurs qui l'ont produite, Il y a des machines qui s'appellent les cuisines qui vous les chauffe, qui vous les etc. Vous avez des machines qui s'appellent des hachoirs qui vous les... Des machines partout, partout, partout, partout!

1:01:13 [Diapositive "Et voici le drame des négociations climat"]

Et comme l'essentiel de cette énergie est fossile, voici le drame des négociations climat, c'est que PIB ou CO2 il faut choisir!

[Blanc]

Je répète! Non? PIB ou CO2 il faut choisir.

Si vous voulez plus de PIB, vous aurez plus de CO2, tant que ça passe. Tant que ça passe. PIB ou CO2 il faut choisir.

Qui a déjà entendu à part quelques farfelus, comme l'ami Yves Cochet, que j'adore, vous dire PIB ou CO2 il va falloir choisir, quand on parle de la lutte contre le changement climatique? Non, dans les discours politiques. Non, dans les discours politiques. Ça fait partie d'une instance qui s'appelle le haut conseil pour le climat. On a eu un exposé, je peux vous le dire, ce n'est pas confidentiel, c'est public le document. On a eu un exposé de la stratégie nationale bas carbone. Le directeur général de l'énergie et du climat, brave polytechnicien comme moi, a quand même eu le culot de nous dire, enfin il n'a pas eu le culot c'est une instruction ministérielle, ce qui est un des drames de la démocratie moderne soit dit en passant, c'est la dichotomie entre le politique et l'expertise, a eu le drame, a eu le culot de dire, la stratégie nationale bas carbone, c'est-à-dire la neutralité en France augmentera le PIB. [Blanc] Je répète?

1:02:38

Alors pourquoi il me dit ça? Il me dit ça parce qu'il utilise un modèle économique qui inverse les liens de causalité c'est ce que je vous ai dit tout à l'heure, dans tous les modèles économiques vous avez le PIB qui est exogène. C'est-à-dire que le PIB c'est une variable d'entrée. Donc il augmente, parce que de toute façon il doit augmenter sinon on a un problème avec les retraites, et dans tous les modèles économiques quand vous rajoutez des investissements c'est-à-dire que vous foutez des éoliennes partout ça vous augmente le PIB, mécaniquement. Les modèles sont souvent calaisiens c'est-à-dire que vous augmentez les investissements ils vous augmentent le PIB. Donc vous partez d'un PIB qui augmente de toute façon parce que c'est un postulat de départ, vous rajoutez des investissements, il augmente encore plus. Voilà.

Et on m'explique que la neutralité va augmenter le PIB. Evidemment que non. La neutralité qui est physiquement possible, c'est une énorme contraction du PIB. Ça ne veut pas dire qu'elle n'est pas souhaitable. Vous allez voir après les petits désagréments qui nous attendent avec le changement climatique. Mais j'insiste, ça ne se fera pas à PIB croissant. C'est physiquement impossible. Parce que justement ça fait deux siècles ou trois siècles qu'on fait l'exact inverse, qu'on augmente l'énergie en tapant dans les stocks qui sont supérieurs aux énergies renouvelables.

1:03:36 [Diapositive "l'ère du feu, croissance à gogo... pour combien de temps?"]

Donc l'histoire que je vous ai racontée, c'est ça, on a des stocks de pétrole sous terre, c'est gratuit, il y a des stocks de charbon et des stocks de gaz, on a aussi des stocks de minerais, etc., tout ça c'est gratuit. Alors utiliser du pétrole c'est le brûler, le brûler c'est l'oxyder, l'oxyder c'est une réaction chimique exothermique qui vous fait du CO2, c'est inexorable. D'accord? Vous ne savez pas oxyder du carbone autrement qu'en faisant du C02. Et ça, ça ne changera pas d'ici à votre mort.

Et ça, ça vous permet de mettre en œuvre des machines, qui transforment tout le reste pour faire tous les produits qu'on a sous la main.

Cette abondance de produits et cette formidable augmentation de la productivité du travail, parce que, la productivité du travail multipliée par 100, ce n'est pas que chacun d'entre vous est devenu Shiva avec 100 paires de bras et 100 paires de jambes. Sauf erreur de ma part comme votre code génétique est le même qu'il y a deux siècles, votre nombre de bras et de jambes est aussi le même qu'il y a deux siècles. D'accord?

1:04:24

Vous avez, si je sais compter jusqu'à deux, deux bras et deux jambes chacun, et chacune. Ça n'a pas bougé. D'accord? Donc, ce qui, la raison pour laquelle nous sommes plus productifs, ce n'est pas qu'on a 100 paires de bras et 100 paires de jambes, c'est qu'on a des machines qui travaillent pour nous. Sauf que le dénominateur est resté le même. Au lieu de mettre homme + machine, on a laissé au dénominateur homme. Donc effectivement, le produit au numérateur augmente, grâce aux machines, au dénominateur on garde la même chose, la productivité augmente. C'est juste une affaire conventionnelle. On aurait pu prendre un autre exemple, enfin un autre indicateur, on n'aurait pas vu augmenter.

Donc grâce à cette formidable entre guillemets augmentation de la productivité, ce qui veut dire qu'en fait les machines bossent à notre place, ça nous a libéré plein de contraintes qu'on avait avant. D'abord on a pu habiter un endroit qui était loin des ressources, puisqu'on peut les transporter. Donc on peut habiter en ville par exemple et continuer à bénéficier des ressources de la campagne. On mange, on s'habille, on a des pierres pour construire, etc. Tout ça ne pose aucun problème puisque l'énergie, les machines s'en chargent pour nous.

1:05:20

On a pu libérer du temps pour faire des études à Sciences Po, à l'X, et des tas de choses absolument indispensables comme l'intelligence artificielle dans les services bancaires. D'accord? Quand même essentiel ce genre de truc, ça mérite beaucoup plus d'argent que la lutte contre le changement climatique. D'accord? Du reste ça consomme beaucoup plus d'argent que la lutte contre le changement climatique. Si vous demandez aujourd'hui à un chef d'entreprise "qu'est-ce qui est le plus important pour vous, la lutte contre le changement climatique ou le digital", il va vous dire les deux sont également importants, alors après vous lui demandez "et qu'est-ce qui est le plus important chez vous, le budget informatique ou le budget de la lutte contre le changement climatique?" Bon, je connais la réponse, vous avez un facteur mille entre les deux, voire 10 mille.

Donc aujourd'hui l'intelligence artificielle dans les services bancaires c'est quand même vachement plus important que la lutte contre le changement climatique. Donc, la productivité du travail qui augmente permet de libérer des tas de contraintes et libérer du tas de temps libre, et ce temps libre, puisqu'on ne travaille plus, les machines le font à notre place, ça s'est investi dans 35 heures par semaine, six semaines de congés payés, pas de travail le week-end, des études longues, et la retraite.

1:06:18

Tout ça c'est l'énergie! Tout ça c'est l'énergie! Donc les négociations sociales, dans un monde en contraction énergétique, bon courage! ça va être un peu plus sport que les négociations sociales dans un monde d'abondance. Je crois que c'est à Francis Bouygues qu'on attribuait cette maxime qui est "en période de croissance il n'y a pas de mauvais manager!" Je vous le confirme. Quand on n'a que des problèmes de riches, on s'en sort! "En période de croissance il n'y a pas de mauvais manager!" ça, c'est absolument certain! Et donc, en période de croissance il n'y a pas non plus de mauvais politique. Distribuez du rab aux sucettes, n'importe quel crétin y arrive, c'est assez facile. Par contre, distribuer un défaut de sucette, ça je peux vous dire que c'est autrement plus coton! Et malheureusement c'est le monde qui vous attend. Qui m'attend aussi du reste. Je ne suis pas une exception [inaudible]

Alors, cette production croissante, voilà, on lui donne une contrepartie économique qui s'appelle le PIB, et donc il y a deux facteurs limitants au moins à cette affaire-là, qui sont, un, que vous connaissez très bien qui est, ça provoque un changement climatique cette affaire-là est-ce que ça va pas finir par être désagréable cette expérience, et un deuxième facteur limitant dont les journaux français ne parlement quasiment jamais, qui est le facteur limitant à l'amont, à savoir est-ce que j'ai assez d'énergie qui rentre dans le système pour lui permettre de continuer à croître.

1:07:33

Alors pourquoi est-ce que les médias français ne parlent jamais du deuxième problème, tout simplement parce que pour le premier problème, vous avez de la science en libre accès, et des militants qui militent. Or, un journal, il reflète des communiqués de presse. D'accord?

Un journaliste ne se lève pas le matin en se disant "tiens je vais faire une monographie sur les ressources moyennes des étudiants à Sciences Po." Il reçoit un communiqué de presse de Sciences Po disant "cocorico les ressources moyennes des étudiants à Sciences Po ont baissé de 3% ça prouve bien qu'on se démocratise". Et là, à ce moment, il va aller regarder ce qui se passe. Mais jamais il va lui venir à l'idée tout seul de faire ça. Jamais, jamais, jamais! Donc tout ce que vous voyez dans le journal, je dis bien absolument tout ce que vous voyez dans le journal, vous avez un truc qui en est à l'origine qui s'appelle une dépêche, et à l'origine de la dépêche vous avez un communiqué de presse. L'AFP c'est un système entrant. C'est une gare de triage, et un système entrant. Et c'est bien pour ça qu'il y a des services comme partout. Si les journalistes savaient tous seuls ce qu'il faut aller regarder, les services com ne serviraient à rien.

1:08:40

Ça ne serait pas la peine d'essayer de les orienter dans ce qu'ils vont raconter en leur envoyant des informations, puisqu'ils savent déjà ce dont il faut parler. D'accord? Et comme le contrôle budgétaire dans les entreprises est un truc bien fait en général, eh bien on supprimerait ces gens qui ne servent à rien puisque ça ne sert absolument pas à faire en sorte que la presse parle de ceci ou cela.

Donc la presse ne parle de quelque chose que parce qu'il y a eu une information entrante. J'insiste vraiment là-dessus.

Donc du coup on ne vous parle pas des problèmes sur lesquels il n'y a pas d'information entrante. Or, qui en France s'agite en disant on a peut-être déjà un problème d'approvisionnement énergétique, à peu près personne.

Il y a trois clampins dans mon genre, oui c'est ça Matthieu Auzanneau qui travaille avec moi, plus moi, plus trois clampins dans mon genre, je peux vous dire qu'on ne pèse rien face aux gens qui s'agitent sur d'autres problèmes. Donc, le... Parce que peser quelque chose, ça veut dire faire l'ouverture du 20 heures de TF1, c'est ça ce que ça veut dire. Donc, le... Ou France 2, je ne sais pas.

Donc, le problème amont, sur l'énergie, on ne le voit pas pour deux raisons, d'abord parce qu'il n'y a pas de porteur d'intérêt, et ensuite parce qu'on est obnubilé par les prix, et donc on pense que la rareté se reflète par le prix. Et je vais vous montrer dans pas longtemps que c'est faux! On peut manquer de quelque chose et pourtant son prix nominal n'augmente pas. Mais j'y viendrai après.

1:09:58 [Diapositive "Les maths c'est décidément détestable"]

Alors le, je vais commencer par la partie amont, c'est-à-dire est-ce qu'on va avoir de l'énergie "ad vitam eternam". Alors il se trouve que la réponse est non, c'est assez facile à comprendre, il faut de 50 à 300 millions d'années pour former des combustibles fossiles. 50 à 300, 50 à 400 même, millions d'années. Ce qui veut dire, qu'aux échelles de temps qui vous intéressent, c'est-à-dire la soirée de la fin de la semaine, non pardon, c'est-à-dire quelques siècles, eh bien, on peut considérer que le stock de combustible fossile qu'il y a sous terre, il est donné une fois pour toutes. D'accord? On a un héritage, que mère nature nous a légué, cet héritage ne change pas. Il vaut une certaine quantité. On ne la connait pas bien au départ, mais il n'y en a pas plus que ça.

1:10:35

A partir du moment où vous tapez dans un stock de départ qui est donné une fois pour toutes, les mathématiques vous interdisent que vous puissiez avoir une production indéfiniment croissante, on est d'accord? Sinon ça veut dire que le stock est infini. C'est même interdit d'avoir une production indéfiniment constante parce que sinon le stock est toujours infini. Tout ce que vous avez le droit d'avoir, c'est une production qui part de zéro à moins l'infini, et qui finit à zéro à plus l'infini et qui passe par un maximum entre les deux. C'est un théorème de maths, je sais même encore le démontrer. Alors ce que je vous dis, ça vaut pour le pétrole, mais ça vaut pour le gaz, ça vaut pour le minerai de cuivre, ça vaut pour le minerai de, le minerai d'aluminium, ça vaut pour le tungstène, le cobalt, le nickel, le zirconium, le lithium, le "just name it", ça vaut pour n'importe quelle ressource dont le stock de départ sous terre est disponible en quantité donnée une fois pour toutes.

1:11:26 [Diapositive "Le Pic"]

Et donc pour toutes ces ressources-là, sur lesquelles notre économie est assise, vous aurez quelque chose qui s'appelle le pic. Donc, le pic, ce n'est pas une théorie fumeuse, c'est un théorème de maths. Et les théorèmes, comme vous le savez, sont toujours valables dans leur domaine de validité. Il n'y a pas d'exception, sinon ce n'est pas un théorème. C'est même très facile de démontrer qu'un truc n'est pas vrai en maths, vous le savez, il suffit de montrer un cas de figure où ce n'est pas vrai. Donc, un théorème c'est que c'est toujours vrai, il n'y a pas d'exception, ce n'est pas une fois vrai, une fois faux. Toujours vrai! Et là c'est pareil, aucun rêve que je peux avoir, que vous pouvez avoir, que n'importe qui peut avoir pour l'avenir, ne peut exister s'il doit violer un théorème de maths. Ce n'est juste pas possible!

1:12:10 [Diapositive "C'est la grosse bête qui descend, qui descend"]

Alors, en ce qui concerne le pétrole, ce pic, on s'en rapproche, en fait on l'a déjà passé pour une partie du pétrole dans le monde, et qu'on s'en rapproche, on peut le voir en regardant non pas la production mais la variation de la production de pétrole sur un siècle et demi.

Eh bien, vous voyez que cette variation, le pétrole augmentait de 15% par an il y a un siècle et demi, il augmentait de 10% par an avec des moyens plus sophistiqués soit dit en passant, après il augmentait de 5% par an il y a quelques dizaines d'années avec des moyens encore plus sophistiqués, et aujourd'hui avec le "shale oil" il n'augmente plus que d'un peu plus de 0% par an.

Donc en fait la technique ce n'est pas un moyen d'augmenter la production plus vite, c'est une réponse au fait qu'on a des contraintes sur ce qui précède. C'est bien comme ça qu'il faut le voir. Le "shale gaz" c'est un truc qui est connu depuis deux siècles. Le premier éclairage municipal qu'il y a eu dans le monde, au gaz dit de ville, a été fait, enfin au gaz naturel pardon, a été fait avec du "shale gaz" à Fredonia, sur la côte est des Etats-Unis, il y a deux siècles. Donc, le "shale gaz" c'est un truc qui est connu depuis très longtemps et en fait on y revient parce que les autres types de ressources commencent à poser problème. C'est bien dans ce sens-là que ça se passe. Et pas dans le sens inverse.

1:13:16 [Diapositive "Le loup sort du bois?"]

L'agence internationale de l'énergie, alors la presse a totalement passé ça sous silence, totalement, a sorti en décembre 2018 un rapport disant, pour la partie conventionnelle du pétrole c'est-à-dire ce qui n'est pas "shale oil", le pétrole de roche-mère, et ce qui n'est pas les sables bitumineux du Canada, tout le reste a passé son pic en 2008. Et depuis, ça décline. Qui en a entendu parler de ce truc-là? A part les lecteurs d'Auzanneau. Bon. Je peux vous dire que c'est autrement plus important pour votre avenir qu'une bonne partie des choses dont vous avez entendu parler dans la presse, sinon la quasi-totalité de ce dont vous avez entendu parler dans la presse.

Ça, ça veut dire que notre costume d'Ironman, il va commencer à rétrécir. C'est ça que ça veut dire.

Personne n'en a parlé.

1:14:01 [Diapositive "Quel rythme d'amortissement? (bis)"]

Alors voilà où en est en gros sur l'extraction mondiale du pétrole, sachant que dans le pétrole, il y a aussi le non-conventionnel et donc ça veut dire que les pétroliers que je connais disent depuis longtemps, le sommet de la production mondiale de pétrole tout confondu, y compris avec le "shale oil" etc., c'est 2020 plus ou moins 5 ans, et plus ou moins 5 millions de barils jour. Voilà, donc 2020 c'est l'année prochaine, je dis bien plus ou moins 5 ans, ça veut dire qu'avant la fin de vos études vraisemblablement, et très certainement avant que vous ayez mon âge, ça c'est absolument certain, eh bien vous verrez l'approvisionnement mondial, sachant que l'européen a déjà commencé à baisser, l'approvisionnement mondial en pétrole se contracter.

Et à ce moment-là, vous verrez de la crise de la dette dans tous les sens, là c'est sûr que..., ce n'est pas besoin de...

1:14:45 [Diapositive "Oubliez le prix, regardez le volume!"

Et alors cette quantité de pétrole qu'on extrait du sol, est également un très bon indicateur avancé de l'économie. Vous avez, parce que le pétrole c'est les transports, et qu'il n'y a pas une entité économique qui fonctionne sans transport. Vous avez ici deux variations. En rouge vous avez la variation de la quantité de pétrole qui sort du sol. Donc il ne s'agit pas du prix, il s'agit de la quantité. Et en bleu vous avez la variation du PIB par personne. Ce que vous voyez, c'est que depuis les chocs pétroliers, où l'on a appris à être plus efficace sur le pétrole, eh bien la variation de la production de pétrole dans le monde c'est l'indicateur avancé qui fonctionne le mieux de la variation du PIB par personne dans le monde. Ça marche extrêmement bien!

Ça dit bien que c'est un indicateur avancé parce que vous pouvez voir sur ce graphique [souci de diapositive], c'est que chronologiquement vous voyez que la variation de la courbe rouge a tendance à légèrement précéder la variation de la courbe bleue. Donc ce n'est pas le pétrole c'est un truc qui s'achète, j'ai une croissance qui vient de Mars, j'ai plus d'argent et donc j'achète plus de pétrole, c'est le pétrole est un facteur limitant de la production parce qu'il faut des transports pour produire, et donc si j'ai moins ou plus de pétrole je suis capable de plus ou moins transporter, et donc je suis capable d'avoir une activité transformative donc économique plus ou moins importante.

Je vais vous le redire encore autrement, notre système économique étant un système de transformation, l'économiste peut lui coller des euros mais le physicien peut lui coller des kWh, ça marche aussi bien. Donc la blague que j'ai faite tout à l'heure en disant vous auriez pu payer vos carottes avec des kWh, oui, oui, vous auriez pu parfaitement payer vos carottes avec des kWh. Vous pourriez.

1:16:19 [Diapositive "Surtout qu'il n'y a aucun lien entre volume (combien il y en a) et prix!"]

Et alors, pourquoi est-ce que ce n'est pas le prix qu'il faut regarder, c'est parce qu'il n'y a pas d'élasticité prix/volume. Voilà une élasticité! [Blanc] Regardez bien c'est une élasticité! [Blanc] Si, si, c'est une élasticité! Je vous assure c'est une élasticité! Si, si, c'est une élasticité! C'est quoi une élasticité, c'est, vous savez, un graphique dans lequel vous mettez le volume d'un côté et le prix de l'autre, et votre prof vous dit, s'il y en a plus c'est moins cher et s'il y en a moins, c'est plus cher. [Blanc] Oui, on est d'accord? C'est bien ça que vous avez entendu? Donc une élasticité c'est une courbe qui ressemble au trait en pointillés là.

1:16:54

Voilà. Alors là je vous ai mis sur un siècle, de 1920 à aujourd'hui, la quantité de pétrole disponible sur le marché, c'est en abscisse, et le prix du pétrole, par baril, c'est en ordonnée. Est-ce que vous voyez une élasticité? Parce que quiconque me répond oui a besoin d'aller chez Afflelou [oh pardon je ne donne pas de...] Donc voilà une élasticité.

Alors évidemment c'est une blague! Il n'y a pas d'élasticité! Et il n'y en a pas non pas parce que ça me plaît, parce que vous regardez cette courbe et il n'y a pas élasticité. L'élasticité de long terme prix/volume sur le pétrole et sur l'énergie en général n'existe pas. Donc ce n'est pas la peine de regarder les prix pour savoir si ça sera rare demain. Ça ne marche pas! Et en fait, alors je n'ai pas le temps de vous faire la théorie aujourd'hui, mais vous pouvez très simplement expliquer, il faut juste trois minutes et l'heure commence à tourner, vous pouvez très simplement expliquer pourquoi c'est structurellement impossible que vous n'ayez pas d'élasticité et les deux indicateurs sont les suivants, c'est que pour avoir beaucoup de pétrole, il faut aller chercher des pétroles compliqués donc ça fait monter le prix du baril, sauf que si vous faites monter le prix du baril vous découragez la demande et donc vous avez moins de demande et donc vous allez chercher moins de pétrole.

1:18:01

Donc en fait un pétrole qui commence à devenir contraint, son prix est oscillant. Il n'est ni haut, ni bas, il oscille. Donc la contrainte pétrolière ne va pas rendre le prix haut ou bas, il va le rendre volatile. Et c'est en fait la seule indication que vous pouvez regarder, vous voyez pendant longtemps, ça a été constant, ça a été cartellisé, et là ça commence à faire n'importe quoi, c'est volatile, et ça va devenir volatile.

En fait, un économiste qui regarderait ça, il théoriserait ça d'une manière tout à fait différente, il dirait il y a deux régimes inélastiques, il y a un régime dans lequel vous avez un volume qui est indépendant d'un prix qui est fixe, puis un régime dans lequel vous avez un prix qui est indépendant d'un volume qui est fixe, et puis on recommence. Voilà la première, la meilleure approximation qu'il vous trouverait. Il vous dira, il y a deux régimes inélastiques orthogonaux. Pas du tout ce que...

1:18:41 [Diapositive "Pas de sécurité d'approvisionnement pour le pétrole"]

Alors en Europe où est-ce qu'on en est sur l'énergie? Vous avez ici la quantité de pétrole disponible en Europe. La quantité de pétrole, c'est à la fois le pétrole qu'on produit nous-même, c'est la mer du Nord, que vous voyez en rose là-dessus, et, qui a passé son pic en 2000, et c'est le pétrole qu'on importe, dont vous voyez qu'il est passé par un maximum historique au moment des chocs pétroliers, et un maximum secondaire, au moment du pic de production du pétrole conventionnel dans le monde, c'est-à-dire 2006 en l'occurrence.

1:19:08

Et donc la quantité de pétrole qui rentre en Europe a perdu 14% depuis 2006. Qui en avait entendu parler? Qui pense qu'il y a une autre raison au fait que les émissions de CO2 des transports en Europe aient baissé? Est-ce que c'est parce qu'on a des politiques intelligentes? Pas du tout! On a des politiques qui continuent à être parfaitement connes, on vend de plus en plus de SUV, on continue à faire des autoroutes, des aéroports, on va mettre une nouvelle piste à Roissy, non, non, on a des politiques qui continuent à être parfaitement connes, juste on émet moins de CO2 parce qu'il y a moins de pétrole à cramer. Point barre. Point barre! D'accord?

Par contre, ça fait des gens qui commencent à être privés de pétrole, ça s'appelle les gilets jaunes et ils ne trouvent pas ça drôle. Et comme on n'avait pas vu le coup venir, on n'a rien prévu. Et on n'a pas vu le coup venir, tout simplement parce qu'on ne s'est pas intéressé à la question, ce n'est pas parce que le coup n'était pas prévisible.

1:19:56 [Diapositive "Pas de sécurité d'approvisionnement pour le gaz"]

On consomme du gaz en Europe. Alors le gaz est une énergie qui voyage moins bien que le pétrole. Le pétrole, vous avez deux tiers du pétrole dans le monde qui passe une frontière entre production et consommation. Donc c'est une énergie qui se transporte très, très bien, parce que c'est liquide, à pression et température ambiantes. Donc les coûts de transbordement d'un réservoir à un autre et les coûts de transport sur un truc qui s'appelle un bateau ça ne vaut rien. Ça ne vaut rien en terme énergétique, ça ne vaut pas rien en terme économique, ça ne vaut rien en terme énergétique. Donc vous pouvez très facilement consommer à un bout de la Terre le pétrole qui a été produit à l'autre bout. Ça ne pose aucun problème.

Le gaz est gazeux, nous dit le dictionnaire. Et il est donc mille fois moins dense énergétiquement parlant par unité de volume que le pétrole. Donc le transport du gaz c'est physiquement beaucoup plus compliqué. Et vous n'avez que deux manières simples de transporter le gaz.

1:20:43

Ou bien vous faites un tuyau, mais le tuyau il y a un producteur et un consommateur, donc il faut être sûr de se mettre d'accord pendant longtemps, parce que vous ne changez pas le tuyau si le producteur se fâche avec le consommateur, donc vous avez des contrats de long terme, et ça prend du temps à construire un gazoduc. Beaucoup plus de temps que de construire un pétrolier, et surtout de le détourner sur terre, sur mer.

Ou bien vous faites du gaz liquéfié, et c'est encore plus compliqué, et je n'ai pas le temps de rentrer dans les détails.

Ce qui veut dire qu'en Europe, quand la mer du Nord est passée par son pic de production en 2005, qui en avait entendu parler? [Blanc] Personne! Eh bien l'approvisionnement gazier européen est passé par un pic. Donc même les anti-nucléaires qui rêvent de remplacer le nucléaire par du gaz, ils ne le remplaceront pas par du gaz, il n'y aura pas de gaz. Parce que c'est compliqué de substituer une production domestique par des importations. Vous allez me dire il n'y a qu'à faire des trous en France et en Europe, très bien, admettons qu'on ait envie de faire des trous comme les américains, j'ai fait un petit calcul d'ordre de grandeurs, voilà ce qu'on arrive à sortir au max.

1:21:39 [Diapositive "Pas de sécurité d'approvisionnement pour le charbon"]

Donc, il y a moins de pétrole, donc il y a moins de gaz, et il y a aussi moins de charbon, rien à voir avec le climat, ça fait deux siècles qu'on tape dans nos mines, en Europe, on a fermé la dernière mine française sauf erreur de ma part dans les années 90 ou dans ces eaux-là, donc quand j'étais jeune il y avait un machin qui s'appelait Charbonnages de France, que vous n'avez pas connu, dont le dernier patron a été chargé de fermer la dernière mine, puis de liquider la boîte, très sympathique comme job, et ce que vous voyez là, c'est que la production de charbon en Europe a été divisée par quasiment 4 depuis les années 80.

Rien à voir avec le climat en 1980, on se contrefoutait du problème climatique. Ça a juste à voir avec le fait que quand vous tapez dans vos mines, eh bien il y en a de moins en moins, et à un moment il y en a de moins en moins comme disait Coluche. Et vous voyez également que les importations de charbon c'est un terme qui en valeur absolue, est quasiment constant. C'est-à-dire que vous ne compensez pas un déclin national par des importations un pour un.

1:22:36

Et pourquoi vous ne le faites pas, parce que le charbon est un pondéreux, et que la chaîne logistique du charbon est une horreur absolue. Vous êtes obligés de faire des terminaux portuaires dédiés, des entrepôts qui sont monstrueux, dédiés, etc. Pour vous donner un exemple, la centrale à charbon allemande de Neurath si ma mémoire est bonne, qui est une centrale qui fait 4 GW électriques, donc c'est équivalent à une centrale française qui aurait quatre réacteurs de 900 ou de 1000 MW, on va dire, elle vous bouffe cinquante mille tonnes de charbon par jour! Cinquante mille tonnes de charbon par jour! Elle vous évacue dix mille tonnes de cendres par jour. D'accord? Donc cette centrale-là ça vous donne une idée des quantités, des masses, qu'il faut manipuler pour gérer du charbon, et donc quand vous avez de moins en moins de charbon dans un pays, vous n'utilisez pas les importations pour compenser parce que logistiquement c'est indémerdable! Et c'est la raison pour laquelle le charbon pour produire de l'électricité, vous en avez moins de 10% dans le monde qui passe une frontière entre production et consommation. Donc je vais vous le dire encore autrement, le charbon est une énergie domestique, il faut savoir qu'il y a huit pays dans le monde qui possèdent 90% de la ressource, et donc que ces huit pays détiennent une part essentielle de la solution au problème climatique.

1:23:56

Et ces huit pays sont, dans l'ordre, ça change un peu chaque année, la Chine, les Etats-Unis, la Russie, enfin ce n'est pas dans l'ordre exactement, les Etats-Unis d'abord, les premières réserves au monde, la Chine, la Russie, l'Australie, le Kazakhstan, l'Afrique du Sud, l'Allemagne, là je suis à sept, et l'Inde, voilà. Ces huit pays-là, tiennent une grande partie du sort climatique de la planète entre leurs mains. Parce que j'insiste, le charbon, c'est chez eux que ça se passe, et ça ne sort pas de chez eux, Parce que le charbon est une énergie domestique. Ce qui m'a poussé à écrire cette petite provocation il n'y a pas longtemps qui est qu'au lieu de se gargariser de vendre des Mirage à l'Inde, on ferait mieux de se gargariser de leur vendre des centrales nucléaires pour remplacer leurs centrales à charbon. A mon avis la paix dans le monde s'en porterait beaucoup mieux.

1:24:42 [Diapositive "Sécurité d'approvisionnement? Quelle sécurité?"]

Alors voilà maintenant à quoi ressemble l'approvisionnement énergétique européen par personne je vous l'ai dit par personne, depuis 1965. Ce que vous voyez c'est que ça augmente avec les énergies qui s'empilent jusqu'au choc pétrolier et au choc pétrolier ça se stabilise c'est-à-dire que ça se met à rester constant. De quand datent les problèmes de chômage en occident, du moment où ça se stabilise. De quand date le début de l'endettement public, du moment où ça se stabilise. Pourquoi? Parce qu'au moment où ça se stabilise la quantité de machines par personne ne peut plus augmenter modulo l'efficacité énergétique qui ne va pas très vite, donc la production par personne ne peut plus augmenter modulo l'efficacité énergétique qui ne va pas très vite, et on a avant bâti un système de redistribution, ce que l'on appelle l'état providence, dans tous les pays occidentaux, où on a de manière mécanique la redistribution qui elle augmente chaque année, à un rythme que la production n'est plus capable de suivre.

Et là vous avez deux termes d'ajustements qui sont les mêmes dans toutes les économies occidentales, le chômage, la dette. Et donc ces deux termes d'ajustements apparaissent dans tous les pays, le chômage, la dette. Vous en avez un troisième qui est payer les gens avec un lance-pierres. Donc en France où on a le SMIC c'est un terme qui est peu mis en œuvre, alors on a fini par le mettre en œuvre avec les emplois jeune, le temps partiel, machin, etc., mais historiquement on ne le faisait pas et dans les pays dans lesquels il n'y a pas de SMIC, on voit arriver ce que l'on appelle les "working poor", c'est-à-dire les gens qui bossent, qui ne sont pas dans les statistiques du chômage et qui pour autant ne s'en sortent pas et qui cumulent deux jobs, et qui machin, etc. ils sont payés avec un lance-pierres, ils distribuent le lait le matin, les journaux l'après-midi, ils ravaudent les chaussettes entre deux, voilà donc on n'a pas de... et dans tous les pays occidentaux c'est pareil.

1:26:17

Donc l'incurie des politiques français à résoudre le problème de la dette et du chômage en fait c'est l'incurie de toutes les démocraties occidentales à cesser l'état providence au moment où la productivité du travail s'arrête d'augmenter à la bonne vitesse. Et c'est vrai dans tous les pays occidentaux à des degrés divers.

Et puis arrive le deuxième temps de cette affaire, donc Sarkozy n'a pas dit que des bé..., n'a pas dit que des choses vraies mais il en a dit une qui était absolument juste, qui était que 2007 était la plus grave crise économique qu'on ait connu depuis 1929, en fait c'est même pire que ça, 2007 ce n'est pas une crise c'est le début d'une nouvelle mutation. Cette nouvelle mutation c'est la baisse de l'approvisionnement énergétique par personne. Alors qui a connu un petit rebond à partir de 2014 parce que 2014 c'est l'explosion, enfin 2013, 2014, c'est l'explosion du "shale oil" aux Etats-Unis qui réapprovisionne le marché mondial en pétrole pendant quelques années, ça continue à avoir lieu, et donc qui réapprovisionne le parc de machines mondial qui permet de produire.

1:27:15

Donc l'économie, voilà, retrouve une petite bouffée d'oxygène, mais ça, ça va durer qu'un temps parce que le "shale oil" ça ne va pas augmenter indéfiniment. Donc dès que le "shale oil" aux Etats-Unis va commencer à donner des signes d'essoufflement ce truc-là repartira à la baisse, et on aura de nouveau une crise économique significative en Europe.

Donc surveillez bien la production de "shale oil" aux Etats-Unis c'est l'indicateur avancé de ce qui va se passer, je vais essayer de finir dans pas trop longtemps et après il y aura plein de questions, c'est l'indicateur avancé de la façon dont l'économie va se comporter dans les démocraties occidentales dans les années qui suivront.

Et vous voyez que les nouvelles énergies renouvelables en violet, là, ne sont toujours pas en mesure de compenser le nucléaire en valeur absolue qui est juste en-dessous, plus le gaz, plus le pétrole, plus le charbon qui sont également juste en-dessous.

Sans compter, petite parenthèse, qu'aujourd'hui la baisse de coût qu'on a sur ces énergies-là sont issues de la productivité des énergies fossiles. Le jour où vous n'avez plus que des éoliennes et des panneaux solaires pour faire, pour aller chercher le cuivre dans les mines, pour transporter les éléments intermédiaires, pour faire fonctionner la grue qui érige l'éolienne, etc., on en reparlera du coût de l'éolien. Donc aujourd'hui c'est bien parce que j'ai mon 1,5 bouteille de whisky qui me permet de faire mon jus d'orange, que mon jus d'orange n'est pas cher. Mais le jour où je n'ai plus le whisky pour faire le jus d'orange, on en reparlera du prix du jus d'orange.

1:28:36

A l'époque où nous n'avions que des énergies renouvelables, c'est-à-dire des moulins et des bateaux à voile, donc si je reviens aux moulins et aux bateaux à voile pour faire d'autres moulins, c'est-à-dire des éoliennes et des panneaux solaires, on en reparlera du prix. Donc aujourd'hui faites attention à cette illusion d'optique, qui est que ce qu'on a coutume d'appeler des solutions, c'est aussi vrai pour les batteries, les voitures électriques, etc. hérite de la formidable productivité que nous avons grâce aux énergies fossile. Le système est asservi. C'est systémique. Personne à mon sens aujourd'hui n'a fait le moindre calcul sur comment évolue ce prix dans un monde dans lequel il n'y a plus que des énergies renouvelables pour assurer la production. Je n'ai jamais vu un calcul là-dessus.

1:29:17 [Diapositive "Saloperie de physique"]

Alors ce que je viens de vous dire se traduit, voilà, dans le PIB par personne en Europe, donc vous avez les trente glorieuses, pendant lequel ça augmente de, allez, cinq, six pourcents par personne et par an, là c'est "Rhââ Lovely", comme chez Gottlieb, ensuite vous avez les trente piteuses, vous n'avez plus d'augmentation de l'énergie par personne mais vous avez deux termes qui vont faire augmenter le PIB.

1:29:39

Un, vous avez le développement des services qui permettent de mieux exploiter les flux industriels sous-jacents, qui ne permettent pas de s'en passer, ils permettent de mieux les exploiter, et deux, vous avez l'inflation des actifs, il se trouve que l'inflation des actifs n'est pas supprimé dans le calcul du PIB, c'est compté au nominal, et donc ça vous crée un PIB virtuel.

Un exemple très simple c'est la hausse du prix de l'immobilier dans Paris, que vous devez bien constater, eh bien si un mètre carré vaut deux fois plus cher aujourd'hui qu'il y a dix ans, vous avez toujours qu'un mètre carré physiquement, mais vous avez une augmentation du PIB parce que pour l'acheter vous devez plus vous endetter pour la production de crédit dans le PIB. Si vous l'achetez à une agence vous avez des commissions d'agence qui augmentent, et ça c'est dans le PIB, et les droits de mutation que vous allez payer vont doubler et ça c'est aussi dans le PIB. Et vous avez toujours qu'un seul mètre carré à l'arrivée. Mais vous avez plus de PIB. D'accord? Donc l'inflation des actifs c'est quelque chose qui crée du PIB, mécaniquement, ça n'est pas vrai pour l'inflation des chaussures, mais par contre c'est vrai pour l'inflation des actifs.

1:30:37

Et enfin arrive la période post-pic et vous voyez que on a deux grosses indentations vers le bas on a un rebond vers le haut aujourd'hui qui est moins élevé que tous ceux qui ont précédé et ça va repartir vers le bas dans pas très longtemps et à ce moment vous demandez aux anglais est-ce que vous êtes contents, les anglais vous disent non. Mais vous demandez aux italiens est-ce que vous êtes contents et ils élisent des populistes, vous vous demandez, enfin c'est le bazar partout, pour la même raison. Pour la même raison. Parce que le gâteau n'augmente plus et du coup les phénomènes d'arbitrage deviennent des phénomènes douloureux.

Et par exemple si on décide qu'en Europe on a la libre circulation des personnes et des marchandises entre des gens de l'est qui ne gagnent pas beaucoup et des gens de l'ouest qui gagnent beaucoup plus, eh bien il se passe ce qu'il se passe en ce moment, les industriels vont investir à l'est et les plombiers passent à l'ouest. Et si vous demandez aux salariés, aux ex-plombiers de l'ouest s'ils trouvent ça drôle ils vous disent non. Et vous savez que dans les référendums, ça aussi c'est un truc que vous apprendrez pendant vos études j'imagine, on répond beaucoup plus à la personne qui pose la question qu'à la question.

Le grand piège du référendum c'est celui-là. Il faut une civilisation très adulte pour être capable de répondre à la question et pas à la personne qui pose la question. Les suisses y arrivent à peu près, chez nous je ne suis pas sûr que ça sera le cas.

1:31:48 [Diapositive "Plus de PIB et moins de CO2? No problem, puisqu'on le veut!"]

Et là-dessus nous avons un deuxième problème, alors non, vous allez me dire le problème est réglé, le problème est réglé, depuis 2015 et depuis Monsieur Fabius qui brandit son grand marteau de commissaire-priseur à la COP21 nous avons réglé le problème climatique.

1:32:01 [Diapositive "tu causes, tu causes"]

Alors voilà la façon dont je vois le problème réglé. Vous avez ici la concentration en CO2 dans l'air, depuis 1995, c'est-à-dire la première conférence des partis de la convention climat. Donc vous voyez en 1995 la convention climat est un grand succès puisque c'est la première, enfin la COP c'est un grand succès, c'est la première convention climat qui s'applique et on va enfin résoudre le problème. Après on a eu Copenhague qui était, Kyoto qui était un grand succès, Copenhague qui était un grand échec, Paris qui était un grand succès, et vous voyez l'évolution des points.

~01:32:30

Alors moi je vous pose une question: quand vous avez en physique une expérience dont vous voyez que le résultat est indépendant de la valeur d'une variable, vous en tirez comme conclusion que cette variable n'intervient pas dans le résultat de l'expérience. Donc j'en tire une conclusion qui est que ce que la presse dit sur une COP, est indépendant de ce qui se passe. Ça n'a aucune espèce d'importance, ce que la presse dit sur une COP. Copenhague j'y étais, j'y étais pendant les quinze jours, je peux vous dire que c'est tout sauf un échec, par rapport aux autres COP, les deux degrés datent de Copenhague. Ce n'est pas à Paris que les deux degrés ont été entérinés, c'est à Copenhague. Voilà. C'est parce que Monsieur Jadot et consort se sont pavanés devant les caméras en disant que c'est un échec parce qu'ils étaient vexés comme des poux de ne pas avoir été associés à la décision, c'est à peu près comme ça que ça s'est passé, que la presse a retenu que c'était un échec. Mais ce n'était pas du tout un échec. Donc le..., enfin, encore une fois, relativement aux autres. Après ce sont toutes des échecs puisque ça augmente tout le temps.

1:33:30 [Diapositive "L'effet de serre, de la vieille science"]

Ce que je vais vous montrer maintenant dans les cinq minutes qui me restent parce qu'on me fait la grosse tête, enfin les gros yeux, c'est quelques éléments, je laisserai la présentation..., d'abord il faut savoir que l'effet de serre c'est un truc qui est connu depuis deux siècles. Donc ce n'est pas de la science qui date d'hier, l'effet de serre, c'est connu depuis deux siècles. Ça fait plus d'un siècle qu'on sait ce qui se passe quand on fait, quand on double la quantité de CO2 dans l'air. Donc en gros on connaît très bien le dossier scientifique depuis très longtemps. Les gens qui disent tout ça c'est des conneries sont tous des imposteurs.

Alors qu'est-ce que c'est, un imposteur dans le dictionnaire, c'est quelqu'un qui revendique une légitimité qu'il n'a pas. Qu'est-ce qu'il faut avoir comme légitimité pour revendiquer un avis sur le dossier scientifique il faut soi-même être un chercheur et avoir publié dans une revue scientifique à comité de lecture un élément qui invaliderait ce qu'on trouverait déjà dans le dossier. C'est comme ça que ça se passe dans la recherche, ça fait quatre siècles que c'est comme ça que ça se passe. Il n'y a pas une personne, pas un argument avancé par les gens qui disent que ce n'est pas vrai qui correspond à cette définition. Pas une, pas un.

Donc c'est tous des imposteurs, mis en avant par les médias, qui adorent les combats de coqs. C'est juste ça. Vous aurez compris que j'aime beaucoup les médias. Mais c'est exactement ça, quand vous voyez le système de l'intérieur c'est exactement comme ça que ça s'organise.

1:34:47 [Diapositive "Au début étaient les émissions"]

Alors, la cause du changement climatique c'est pour partie la cause de l'utilisation de l'énergie, c'est qu'on émet du CO2 à cause du pétrole, du gaz, du charbon, on émet du CO2 à cause de la déforestation, on coupe des forêts, en ce moment ça brûle en Amazonie vous le savez, on émet d'autres gaz à effet de serre parce qu'un gaz à effet de serre c'est juste un gaz qui intercepte les infrarouges terrestres il y a plusieurs gaz qui correspondent à cette définition, on émet du méthane avec nos activités agricoles et énergies fossile et enfin on émet etc.

1:35:10 [Diapositive "Au secours! Où est le bouton reset?"]

Alors vous voyez que tout ça croît et embellit, comme tout le reste, et alors retenez bien maintenant cet élément que je vais vous donner : le CO2 étant un oxyde c'est une molécule qui est chimiquement inerte une fois qu'il est dans l'air. D'accord? C'est une molécule qui est chimiquement inerte une fois dans l'air. Donc il n'y a pas de mécanisme d'épuration rapide du CO2 de l'atmosphère. Si demain matin j'arrête les émissions de CO2 le surplus que nous avons déjà créé, dans un siècle il en restera à peu près la moitié, dans un millénaire il en restera à peu près 20%, dans dix mille ans il en restera à peu près 10%.

1:35:43

Donc ce que je suis en train de vous dire c'est que le processus est fondamentalement irréversible, il n'y a pas de bouton "reset" et ce n'est pas comme dans "Game of thrones" si vous avez raté la troisième série vous y revenez en replay, là ce n'est pas possible vous n'avez aucune possibilité, c'est comme le vieillissement d'un organisme vous n'avez aucune possibilité de revenir en arrière. Aucune. Dit autrement c'est une expérience qu'on ne fera qu'une fois, et à cause de l'inertie du CO2 dans l'air, si à un moment quelconque on considère que le résultat de l'expérience nous déplaît, la seule certitude que nous avons à ce moment-là c'est que c'est pire derrière. J'insiste. La seule certitude que nous avons à ce moment-là c'est que c'est pire derrière! D'accord?

Ce qui veut dire que, c'est des problèmes qui sont à gérer sur des durées qui dépassent notre entendement et qui dépassent à l'évidence un mandat politique. Donc il y a un drame fondamental dans la démocratie qui est un système court-termiste comme vous savez, qui est de réconcilier ce sujet-là qui est un sujet d'hyper long terme, avec la volatilité d'une démocratie qui est un système hyper court terme.

1:36:45

Et soit dit en passant grâce à l'abondance énergétique ça fait des décennies qu'on raccourcit les échéances partout. On avait des sociétés patrimoniales qui regardaient quand même un petit peu plus loin que le bout de leur nez, on a maintenant des sociétés cotées en bourse où on s'excite parce que le cours de bourse a varié en 24 heures. Qu'est-ce qu'on s'en fout! Aucune espèce d'importance. Du reste si on voulait régler écono..., enfin, un des trucs à faire dans le monde économique si on voulait régler le problème du changement climatique c'est de supprimer la cotation en continu des entreprises. Alors ça défrisera beaucoup, certains d'entre vous qui veulent aller bosser dans ce..., comme Qwant, je ne sais pas où, en gagnant plein d'argent, mais c'est évident que ça fait partie des trucs à faire.

1:37:20 [Diapositive "5°C, juste un pull en moins?"]

Très rapidement, cinq degrés de variation de la température planétaire ce n'est pas un truc anodin. Vous avez ici à quoi ressemble les écosystèmes européens si on ne le supprime pas pour faire autre chose aujourd'hui.  Vous avez ici à quoi ressemble l'Europe il y a dix mille ans, il y a vingt mille ans pardon, vingt mille ans, c'est-à-dire au cœur de la dernière ère glaciaire, donc il fait beaucoup plus froid, ce que je vous disais tout à l'heure, alors vous voyez que ça ne ressemble à rien de ce qu'on connaît aujourd'hui, il n'y a pas d'Erasmus en Suède, parce qu'il n'y a pas de Suède, les scandinaves sont sous trois kilomètres de glace.

Donc, l'akvavit vous oubliez. Il n'y a pas non plus d'Erasmus à Edimbourg, connu pour son climat chatoyant, et ses écossais qui le sont vraiment, et vous voyez qu'il n'y a pas non plus de Manche puisque l'océan a baissé de 120 mètres. Pourquoi l'océan a baissé, parce que pour faire cet énorme glacier qui est sur la Scandinavie et son grand cousin qu'il y a sur le Canada, et le Groënland et l'Antarctique qui ont augmenté de masse, il faut bien avoir pris l'eau quelque part, l'eau vous l'avez prise de l'océan et donc le niveau de l'océan a baissé.

Vous voyez que les écosystèmes qu'on trouve en France ressemblent à ceux qu'on a aujourd'hui au nord de la Sibérie, et la population humaine en France à cette époque ne fait même pas la population de la totalité des grandes écoles françaises c'est dire! Eh bien la différence de température que vous avez entre, planétaire, la différence de température planétaire, que vous avez entre le paysage de gauche et le paysage de droite c'est juste 5 degrés de réchauffement.

1:38:43

C'est juste ça. En 5000 ans. Alors je ne vais pas passer les conséquences parce que l'heure tourne, mais je vais quand même vous dire deux choses. Un, l'expérience est tellement inédite qu'il est illusoire de penser qu'on peut imaginer toutes les conséquences possibles à l'avance. C'est impossible! Donc la pensée sympathique qui consisterait à dire comme au médecin faites-moi l'inventaire exhaustif de tout ce que je risque avant que je commence à me remuer les fesses, c'est une question qui n'a pas de réponse. Par contre quand vous voyez ça, moi je vais vous en donner une, ça sera la guerre partout. C'est-à-dire que le déplacement des conditions multi-séculaires dans lesquelles nous avons bâties nos civilisations, ira beaucoup trop vite au surplus dans un monde dans lequel notre capacité de réaction c'est-à-dire l'énergie ira en se contractant pour une partie croissante de la population, pour que tout ça se gère dans la joie et la bonne humeur.

Donc le monde qui ne s'occupe pas du changement climatique, j'insiste, j'ai deux enfants qui ont votre âge, donc je ne dis pas en train de dire ça juste pour me faire mousser, c'est un monde conflictuel, violent, dans lequel vous pouvez oublier les promesses de croissance perpétuelle, le plus pour tout le monde, la paix, et le seul problème qui est de savoir comment on fait revenir les touristes japonais à Paris.

1:39:56

Je peux vous assurer qu'on aura d'autres chats à fouetter. Donc, lutter contre le changement climatique, ce n'est pas de mon point de vue un truc sympathique à faire, en plus des comptes trimestriels qui sont vraiment l'urgence du moment, c'est vraiment quelque chose qui si on ne le met pas au centre, et en fait lutter contre la contraction de l'environnement au sens large, c'est-à-dire le fait qu'il faut faire tenir huit milliards de bonshommes sur une planète qui fait toujours treize mille kilomètres de diamètre aujourd'hui comme elle le faisait il y a trois siècles. Ça n'a pas changé ça. Et avant qu'on vous envoie tous sur Mars en prenant un billet chez Elon Musk, il va se passer du temps. Je peux vous assurer que son fournisseur de cocaïne est plus fiable que ses plans pour déplacer l'humanité. Donc le... Oui, oui, il est connu pour ça. Donc le... Donc cette affaire de changement climatique, j'insiste, et d'une manière générale, fait revenir la contrainte physique dans les plans pour l'avenir, c'est ça le message essentiel que je veux vous délivrer, ce n'est pas une coquetterie, c'est si on ne fait pas ça, on est sûr d'avoir n'importe quoi, sauf ce qu'on s'imagine pour l'avenir.

Voilà, et je vais m'arrêter là parce que l'heure tourne.

[Applaudissements]

[Début des questions des étudiants]